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vendredi 20 juillet 2012

LUCILLE SPANN: A COUNTRY GIRL LOST IN CHICAGO

LUCILLE SPANN: A COUNTRY GIRL LOST IN CHICAGO


            Malgré un succès commercial (Country girl returns) au moins dans les Hit Parades Soul de Chicago en 1972, Lucille Spann n'aura guère marqué l'histoire du blues.
            Pourtant, cette chanteuse puissante qui dégage beaucoup d'émotion dans presque toutes ses performances a gravé une petite oeuvre enregistrée qui ne mérite pas d'être aussi négligée.
            Née Mahalia Lucille Jenkins le 23 juin 1938 à Bolton dans le Mississippi, elle a très jeune chanté dans le chœur de son église locale et a tout naturellement continué à pratiquer le Gospel après que sa famille soit venue, en 1952, habiter Chicago. Elle connaît Otis Spann et se marie avec lui dans les années 60. Ceux qui ont pu approcher le couple témoignent de la grande affection mutuelle que les deux "tourtereaux" dégageaient.
            Otis a tout de suite fait de Lucille Spann sa chanteuse et, malgré quelques réticences, elle a embrassé le blues avec la même fougue qu'elle pratiquait sur le Gospel. Lucille apparaît ici et là sur un ou deux titres dans plusieurs albums signés de Otis Spann, particulièrement dans un disque enregistré "live" à Boston alors que Otis n'avait plus que quelques semaines à vivre.
            A la mort d'Otis en 1970, Lucille décide, un peu par fidélité à la mémoire de son mari, de continuer à chanter le blues. Repérée par Al Smith qui l'entoure d'un superbe orchestre emmené par le guitariste Mighty Joe Young, Lucille enregistre deux 45t sur le label Torrid. Si malgré Women's lib une composition "à la mode" de l'époque, le premier 45t ne va nulle part, le second Country girl returns Part 1 &2 est un petit succès qui permet à Lucille d'apparaître dans plusieurs concerts et festivals, particulièrement à celui d'Ann Arbor qui comprend une soirée dédiée à la mémoire de Otis Spann.
            Dans la foulée, Al Smith produit en 1973 Cry before I go, un superbe album pour son label Bluesway (distribué par ABC) qui, malheureusement jamais réédité, est devenu un objet de collection.
            Mais cela ne permet pas à Lucille de décrocher beaucoup d'engagements. Et, avec le départ de Mighty Joe Young, elle se retrouve sans orchestre. En 1975, Lucille Spann met un terme à sa brève carrière de chanteuse de blues et retourne vivre dans le Mississippi où elle continuera à pratiquer le Gospel. Elle décède le 2 août 1994 à Vicksburg, Ms.



            Cette compilation en mp3 regroupe la totalité des titres qu'elle a enregistrés. Merci infiniment à ceux qui m'ont fait des copies de leurs rares disques, en particulier Hartmut M. Münnich et Joz Ybarra.
NOTE: Je change le Complete Lucille 1 en incluant les nouveaux titres reçus et une version de Women's lib de qualité très supérieure.

Lucille Spann (born in 1938 in Bolton, Ms), the wife of the great pianist Otis Spann, has had a very short blues career that led her first to sing with her husband and then, after his untimely death in 1970, to record a handful of 45 and a very sought after LP for Al Smith. But despite the high level of those records charged with emotion and feeling and with a top notch band led by the great guitarist Mighty Joe Young, success eluded her and she gave up the blues and Chicago altogether in 1975 to go back to her Gospel roots and her native Mississippi. She died there in 1994.
This mp3 collection gathers all her recorded output, odd tracks, live tracks and the two 45s and LP's she made. Thanks to all who loaned me or made me a copy of their precious records, particularly Hartmut M. Münnich and Jose Ybarra who gave me two very rare tracks. NOTE/ I had changed the Complete Lucille 1 to include all the received new tracks and a much better copy of Women's lib.
 








LUCILLE SPANN
Complete Lucille Spann
Lucille Spann, vcl; Otis Spann, vcl/pno; Luther Johnson, g; Sammy Lawhorn, g; Little Sonny Wimberky, bs; S.P. Leary, dms. New York City, 1966
01. Wonder why
Lucille Spann, vcl; Otis Spann, pno; Muddy Waters, g; Luther Johnson, g; Sam Lawhorn, g; George Buford, hca; Sonny Wimberley, bs; S.P. Leary, dms. New York City, 20 novembre 1967
02. My man
Lucille Spann, voc; Otis Spann, p; Luther Allison, g; Robert "Big Mojo" Elem, b; Francis Clay, dms. Los Angeles, Ca. 26 September 1968.
03. Chains Of Love
Lucille Spann, vcl; Otis Spann, pno; Muddy Waters, g; Luther Allison, g; Sonny Wimberley, bs; S.P. Leary, dms. Los Angeles, Ca. 2 octobre 1968
04. Love me with a feelin'
Lucille Spann, vcl; Otis Spann, pno; Luther Johnson, g; Peter Malick, g; Ted Parkins, bs; Richard Ponte, dms. Boston, Mass. 2-4 avril 1970
05. Country girl
06. Chains of love
07. My baby sweet as an apple pye
08. I wonder why
09. My man
Lucille Spann, vcl; Mighty Joe young, g; band. Chicago, Ill. 1971
10. Womans Lib
11. What You Do To Your Woman
Lucille Spann, vcl; Mighty Joe Young, g; band. Chicago, Ill. 1972
12. Country girl returns I & II
Lucille Spann, vcl; Mighty Joe Young, g; Rick Wright, pno; Charles Beachum, tpt; Walter Hambrick, t-sax; Sylvester Boines, bs; Alvino Benson, dms. Ann Arbor, MI. 1972
13. Dedicated to Otis
Lucille Spann, vcl; Mighty Joe Young, g; Eddie Taylor, g; Detroit Jr, pno; Little Mack Simmons, hca; James Green, bs; Willie Smith, dms. Chicago, Ill. 1973
14. Cry before I go
15. Meat ration blues
16. Everybody's fishing
17. Got my mojo working
18. Country girl
19. Can't stand to leave you
20. Make you feel like a bigger man
21. Queen bee
22. Daddy let me love you
23. The sky is crying
24. Wine headed woman


mardi 10 juillet 2012

LAFAYETTE THOMAS: Master of the West Coast guitar


LAFAYETTE THOMAS: Master of the West Coast guitar

            Certains des plus influents guitaristes de blues n'ont fait que des carrières de sidemen, ont peu enregistré sous leur nom et sont souvent aujourd'hui bien oubliés, à l'exception d'une poignée d'aficionados.
            C'est le cas de Lafayette Thomas qui a gravé certains des plus beaux solos de guitare du blues de l'après-guerre, contribué très fortement à la réussite des chefs d'oeuvre du blues californien signés Jimmy Mc Cracklin, Jimmy Wilson, Roy Hawkins, Al Prince ou Sugar Pie DeSanto mais aussi beaucoup défini le style de guitare jazzy et délié du blues californien et influencé un très grand nombre de guitaristes, de Johnny Heartsman jusqu'à Peter Green en passant par B.B. King et Buddy Guy! Malgré cela, il n'a enregistré qu'une poignée de titres en vedette et son nom est rarement cité dans le panthéon des guitaristes de blues.

            Lafayette Thomas est né à Shreveport, le grand port fluvial, pétrolier et industriel de Louisiane le 13 juin 1928 dans une famille riche en guitaristes de blues. Deux de ses oncles ont fait d'importantes carrières et laissé une forte discographie: Willard "Ramblin'" Thomas qui est très ancré dans le blues des années 20 et son jeune frère Jesse "Babyface" Thomas qui a enregistré à partir de 1929 et jusqu'en 1995! Jesse Thomas "The blues troubadour", adepte d'un jeu économe, note par note et quantités de silences, a fortement marqué le style de blues louisiano-texan et enregistré un peu dans tous les styles, du strict Country blues en soliste jusqu'au Rhythm & Blues accompagné d'orchestres de cuivres. Très jeune, Lafayette fréquente beaucoup son oncle Jesse qui prend souvent avec lui son neveu, lui apprend la guitare. Son influence sera toujours apparente dans le jeu délié, profond, évocateur que son neveu élaborera peu à peu. Lafayette écoute aussi beaucoup les disques de T-Bone Walker dont il adoptera bien des riffs et des manières stylistiques. Lafayette citera plusieurs autres grands guitaristes texans comme ses sources d'inspiration: Lightnin' Hopkins, Little Hat Jones, Funny Papa Smith qu'il a vu jouer à Shreveport. Ainsi que les disques de Slim Gaillard qu'il avouera écouter régulièrement.

            C'est ainsi que, lorsqu'il vient s'installer encore adolescent dans la région d'Oakland-San Francisco, Lafayette a déjà mûri un style de guitare bien à lui et qui, à l'époque, est extrêmement personnel et original. A la fin de la guerre, Lafayette travaille dans une fabrique de boîtes de conserves (American Can Company) tout en faisant partie de plusieurs orchestres de blues locaux, notamment celui de Al Simmons (qui gravera quelques beaux 78t avec Guitar Slim Green) et le big band de Little Bob Young qui lui permet de jouer dans des clubs prestigieux comme le Pago Pago, The Nights et l'International Hotel où il rencontrera d'ailleurs son idole Slim Gaillard.
            Quand le guitariste Robert Kelton quitte Jimmy Mc Cracklin en décembre 1947, le pianiste et chanteur qui est en train d'émerger comme une vedette majeure du R&B californien le remplace par Lafayette qu'il a pu entendre et apprécier. Lafayette n'étant pas encore majeur (21 ans à l'époque), Mc Cracklin doit d'abord convaincre Mme Thomas mère de laisser partir son fils avec lui en tournée et quitter l'usine qui fournissait au jeune homme et à sa mère un salaire au moins assuré. Lafayette va s'imposer très vite comme une des pièces maîtresses des Blues Blasters de Jimmy Mc Cracklin et sa réputation ne cesser de grandir. Chacun de ses solos fait mouche et contribue souvent à transformer un morceau qui serait banal en un titre marquant. Le producteur Bob Geddins le sollicite de plus en plus souvent pour jouer de la guitare derrière la myriade d'artistes qu'il enregistre, notamment bien sûr Jimmy Wilson avec des solos grandissimes de Thomas (Tin pan alley). Et un jour où Lafayette est en tournée avec Mc Cracklin pour une série de dates à Houston, c'est un tout jeune B.B. King lui-même qui, l'ayant entendu la veille, toque à la porte de sa chambre d'hôtel et lui demande de lui montrer quelques "trucs". B.B., attentif, inclura dans son jeu de guitare la façon de tendre puis pincer les notes avant de les relâcher brusquement que lui a montrée Lafayette. King cite d'ailleurs toujours Thomas comme un des plus grands guitaristes de blues.

            C'est au détour d'un engagement à Memphis en 1951 que Lafayette va pouvoir enregistrer son premier disque sous son nom, Sam Phillips ayant demandé à Mc Cracklin l'autorisation d'emmener quelques heures son guitariste dans ses studios Sun. Lafayette apparaît comme un styliste très accompli et un chanteur au timbre nasal, très décontracté. Mais les tournées incessantes avec les Blues Blasters à travers tous les Etats Unis et un revenu substantiel qui en découle font que Lafayette Thomas n'enregistre que sporadiquement et à peu près dans les mêmes conditions: une poignée de titres généralement à la fin d'une séance de Jimmy Mc Cracklin.
            Après dix ans de cette vie harassante d'hôtel en hôtel, Lafayette Thomas a le désir de se fixer et de vivre un peu plus avec sa famille. Il décline de plus en plus souvent les offres de tournées, accompagne quand même souvent Mc Cracklin en studio (ses solos comme sur The Walk, un très gros succès de Mc Cracklin, sont mémorables) mais tente sa chance à la tête de son propre groupe où se distingue le pianiste Candyman Mc Guirt. Sous la houlette de Mc Cracklin, Lafayette a aussi beaucoup peaufiné son jeu de scène, ajoutant toute une kyrielle de gestes théâtraux comme jouer de la guitare derrière son dos, avec ses pieds, avec ses dents, des manières qu'un Chuck Berry dira avoir beaucoup appréciées....

            Mais les temps sont durs pour le guitariste dans la baie de San Francisco: engagements personnels de plus en plus rares et mal payés et une perte de faveur du public pour les grandes stars du R&B comme Mc Cracklin. A la fin des années 50, Thomas part tenter sa chance à New York, remplace quelques mois Mickey Baker dans le combo du pianiste Sammy Price, enregistre deux titres grâce à lui, participe à deux LPs du label Bluesville derrière (devant dans certains instrumentaux!) Memphis Slim et Little Brother Montgomery.
            Mais le "break" tant souhaité ne vient pas et Lafayette retourne à Oakland, reforme un petit groupe qui révèle le pianiste Dave Alexander, enregistre trois titres sur Oakland blues une anthologie du label World Pacific. cette expérience avec le producteur Steve La Vere lui laisse l'amère impression d'avoir été grugé au maximum. Même ses activités de musicien de studio sont de moins en moins fréquentes, concurrencé désormais par ses propres élèves, notamment l'omniprésent (et superbe lui aussi) Johnny Heartsman. Malgré tout, chacune de ses apparitions durant les années 1970 marquent l'auditeur: son fabuleux solo derrière Hello San Francisco de Sugar Pie DeSanto sera repris note pour note par Buddy Guy; celui derrière Mc Cracklin dans l'ultra rare 45t That's all right sur le minuscule label Voice Record est souvent cité comme le sommet de son art par ses exégètes.
            Rongé physiquement par un alcoolisme chronique, une fâcheuse dépendance contractée dès l'adolescence, Lafayette doit reprendre un travail dans une fabrique de tuyaux de caoutchouc à Brisbane, une cité industrielle de la Baie, et ne se produit plus sur scène que sporadiquement lorsqu'il décède le 19 mai 1977, à l'âge indu de 48 ans!

            Lafayette Thomas reste un des très grands et très influents guitaristes de l'histoire du blues. J'ai essayé dans ce CD-Mp3 de rassembler toute son oeuvre enregistrée sous son nom ainsi que les instrumentaux gravés à New York où ses parties de guitare en font le leader de facto.
                                                                       Gérard HERZHAFT
Lafayette Thomas stands as one of the greatest and most influent postwar blues guitarists: from Johnny Heartsman to B.B. King, Buddy Guy and even Peter Green, many better known musicians owes something to this relatively unknown. This mp3 collection gathers all the recordings he has waxed under his name plus some instrumentals where he is very much in the forefront.

Cet hommage à Lafayette Thomas doit beaucoup aux articles publiés par Tom Mazzolini dans Living Blues; Bez Turner dans Blues Unlimited; Emmanuel Choisnel et Marc Radenac dans Soul Bag

LAFAYETTE THOMAS/ Complete Recordings
Lafayette Thomas, vcl/g; band. Memphis, Tn. octobre 1951
01. Baby take a chance with me
02. Sam's drag
Lafayette Thomas, vcl/g; Jimmy Mc Cracklin, pno; Johnny Parker, t-sax; band. San Francisco, Ca. 1954
03. Don't have to worry (aka Jumpin' in the heart of town)
04. Lost mind (aka Standin' in the back door crying)
05. Deep South
Lafayette Thomas, vcl/g; band. Oakland, Ca. 1954
06. Cockroach run
07. The thing
08. Week end blues
Lafayette Thomas, vcl/g; Jimmy Mc Cracklin, pno; Al Jones, tb; Johnny Parker, t-sax; a-sax; Horace Hall, bs; Ray Cotton, dms. Chicago, Ill. juillet 1958
09. Old memories
10. Claim on you
Lafayette Thomas, vcl/g; Sammy price, pno; Buck Pizzarelli, bs; Joe Belton, dms. New York City, 7 juillet 1959
11. Please come back home to me
12. Lafayette's coming
13. Texarkana
Lafayette Thomas, g; Memphis Slim, pno; Wendell Marshall, bs. New York City, 26 avril 1960
14. Nice stuff
Lafayette Thomas, g; Little Brother Montgomery, pno; Julian Euell, bs. New York City, 1er juillet 1960
15. Tasty blues
16. How long, brother?
17. Brother's boogie
18. Sneaky Pete
19. Deep fried
Lafayette Thomas, vcl/g; Dave Alexander, pno; L.C. Robinson, st-g; Charles Thomas, g; Big Daddy Spencer, bs; Barnell Bradfield, dms. Berkeley, Ca. 9 septembre 1968
20. Party with me
21. I had a dream
22. A fool's way of doing things