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mercredi 8 janvier 2014

CALVIN FRAZIER/ Detroit Blues Masters Vol. 8




CALVIN FRAZIER: Detroit Blues Masters Vol. 8

           
Des quelques "vrais" compagnons de Robert Johnson, Calvin Frazier est à la fois le plus méconnu et peut-être celui qui a été le plus proche de Robert.
            Calvin naît le 16 février 1915 à Osceola (Ark) de Belle et Van Frazier, deux métayers sur une plantation de coton. La famille compte cinq enfants et, pour des raisons économiques, vient s'installer à Memphis dès 1923. Van travaille dans une fabrique de meubles et son épouse dans une blanchisserie. La famille Frazier est très pieuse et aussi très musicienne. Le père qui chante et est un excellent violoniste, banjoïste, guitariste et bassiste forme un groupe familial de Gospel avec sa femme (qui chante et joue du piano) et tous ses enfants, notamment l'aîné Johnny qui devient très vite un guitariste réputé tandis que Calvin joue de la batterie, de la mandoline et de plus en plus de la guitare sous l'influence du père et du frère aîné. A intervalles réguliers, leur cousin Johnny Shines vient vivre quelques semaines avec eux et participe aux concerts de la famille Frazier.
            Selon Shines, Johnny et Calvin Frazier jouaient aussi le blues dans les rues de Memphis, un duo dans la mouvance de ceux de Frank Stokes/ Dan Sane et qui devient un trio quand Shines vient lui aussi vivre à Memphis.
            Vers 1930-31, le trio a suffisamment de réputation pour avoir des engagements dans le Delta et jusqu'à Helena. C'est là qu'ils font la connaissance de Robert Johnson qui joue dans les rues accompagné de la batterie de Peck Curtis. Robert s'associera dès lors régulièrement aux frères Frazier et à Shines, devenant leur compagnon et ami, animant durant plusieurs années juke-joints, pique-niques, cérémonies privées etc.... A Blytheville, le trio s'adjoint les talents du guitariste Sampson Pittman que Calvin retrouvera plus tard à Detroit. A Memphis, Calvin joue aussi régulièrement avec le célèbre pianiste Speckled Red qui lui apprend plusieurs morceaux qui demeureront à son répertoire (Dirty dozens).
            Les évènements se précipitent en 1935 quand une querelle entre Johnny Frazier et son beau-père dégénère en bataille rangée. Johnny meurt d'une balle dans le ventre tandis que Calvin, blessé par le beau-père, a le temps de se réfugier dans sa voiture, d'en ressortir avec un fusil et d'abattre le forcené. Après un court séjour à l'hôpital de Memphis, Calvin choisit de fuir la justice si souvent expéditive du Sud et, en compagnie de Robert Johnson et Johnny Shines, gagne Saint Louis. Le trio de "ruraux" n'y est pas forcément bien accueilli par les musiciens de la grande ville mais réussissent cependant à jouer dans les clubs locaux avec Roosevelt Sykes, Peetie Wheatstraw ou Blind Teddy Darby (qui influencera considérablement le chant de Johnny Shines).
            Les trois bluesmen vont ensuite à Decatur avec l'intention de tenter leur chance à Chicago, ville de toutes les opportunités, mais une rencontre fortuite leur permet un engagement bien rémunéré au Elder Moten Show, un spectacle de Gospel de Detroit. C'est donc dans la ville de l'automobile que Calvin et ses compagnons se trouvent à l'automne 1935. Ils logent chez Frances Dunlap, une cousine de Johnny Shines, que Calvin courtise tout de suite et avec laquelle il se marie. Calvin trouve un job dans l'industrie et décide de s'installer définitivement à Detroit tandis que Johnny Shines et Robert Johnson le quittent.
            Calvin - qui a déjà une expérience musicale importante - se fait aisément une place dans la scène bourgeonnante du blues de Detroit, composée de bars, salons de coiffure, clubs, restaurants tout le long d'Hastings Street (le quartier de Paradise Valley).
            Entre août et novembre 1938, l'ethnomusicologue Alan Lomax enregistre les communautés d'Américains venus très nombreux dans le Wisconsin et le Michigan depuis les Balkans et l'Europe Centrale. C'est tout à fait par hasard qu'il "tombe" sur Calvin Frazier qui a juste reformé un duo avec Sampson Pittman, retrouvé à Detroit! Lomax, intrigué par les liens entre Calvin et Robert Johnson, enregistre donc Frazier à deux reprises en octobre et début novembre 1938, une série de morceaux complets (les seuls que nous ayons retenus pour ce recueil), de fragments et d'interviews.
            Les années suivantes voient Calvin Frazier jouer de plus en plus fréquemment à Detroit, s'associer avec Big Maceo qui doit l'amener enregistrer en studio à Chicago pour Bluebird. Hélas, Calvin est très malade ce jour-là et ne peut honorer cet engagement qui aurait peut-être changé le cours de sa carrière!
            Cependant, sa réputation de guitariste - de plus en plus moderne et influencé par les guitaristes californiens comme T-Bone Walker - ne cesse de s'amplifier et tous les bluesmen et orchestres de R&B de Detroit se disputent sa participation. Calvin tourne ainsi durant 1946-47 avec la prestigieuse Jungle Five Revue qui l'emmène jusqu'à New York et Montreal. Il est aussi très souvent associé à Baby Boy Warren, à l'orchestre de T.J. Fowler, apprend la guitare à Bobo Jenkins. A partir de 1954, il est un des premiers à utiliser une Stratocaster, ce qui le situe parmi les bluesmen pionniers de ce célèbre modèle!
            Malgré cela, Calvin n'enregistre qu'une poignée de titres sous son nom et essentiellement pour de petits labels très mal distribués de Detroit ou de la ville voisine de Toledo comme JVB, Fortune, Alben...
            Il décède d'une crise cardiaque le 23 septembre 1972 dans sa ville de Detroit, un musicien respecté et souvent admiré par ses pairs mais mal connu au-delà d'un cercle d'amateurs.
            Nous avons réuni ici (et pour la première fois) la totalité de sa courte oeuvre - il manquait deux titres gravés avec le Jimmy Millner's band que nous désormais pu retrouver (cf ci-dessous et sur ma chaîne YouTube) - et on peut ainsi apprécier l'évolution de ce musicien, depuis le "nouveau" Delta blues élaboré en compagnie de Shines et Robert Johnson jusqu'aux sonorités jazzy et modernes des années 1950. Cette évolution aurait très probablement été aussi celle de son ami et compagnon si celui-ci avait vécu. En effet, tous les quelques proches compagnons de Johnson (Calvin mais aussi Robert Jr Lockwood et Johnny Shines) ont développé un style moderne dans les années 1940 et 50.
                                                                                  Gérard HERZHAFT
 
Detroit 1935
            Among the handful of those who "really" lived and played with Robert Johnson, Calvin Frazier is altogether the less known and maybe the closest to Robert.

            Calvin is born on February, 16th, 1915 at Osceola (Arkansas), one of five children of Van and Belle Frazier, a family of sharecroppers. As early as 1923, the Fraziers come to Memphis for better jobs, the father working on a furniture factory and the mother in a laundry. The Fraziers are very religious and also good musicians and they form a Gospel band with Van singing and playing fiddle, banjo, guitar and bass, Belle singing and playing the piano while Johnny, the elder son, is already a fluent guitar player who strongly influences his little brother Calvin. Quite often, one of their cousin, Johnny Shines, comes to live and also plays with them.

            But the Frazier brothers - with quite often Johnny Shines - play also the blues for extra money on the Memphis Streets. Around 1930-31, the trio has enough reputation to play outside Memphis, in Tennessee as well as in the Delta juke joints and in Helena (Ark) where they meet Robert Johnson, playing there in the streets, backed by the drums of Peck Curtis (!). The young men become quickly friends and Robert will very often play with the Fraziers and Johnny Shines at juke joints, parties, picnics and such... In Memphis, Calvin accompanies also the famous pianist Speckled Red who teaches him many of his favorite songs like Dirty dozens.

            In 1935, a family brawl between Johnny Frazier and his father in law turns into tragedy. Johnny is shot dead by his father in law while Calvin, wounded, has just the time to catch a rifle in his car and kill his brother's murderer. After a short stint at Memphis hospital, Calvin chooses not to trust the local justice and, alongside his old partners Robert Johnson and Johnny Shines, takes the road up to Saint Louis. Although those "rural" musicians are not very well greeted by the local accomplished bluesmen they nevertheless play here and there with Roosevelt Sykes, Peetie Whetastraw and Blind Teddy Darby (whose vocals will strongly influence Shines).

            After Saint Louis, the three friends want to go to Chicago seeking  better opportunities but while playing in Decatur they are hired by the Elder Moten Show, a Gospel caravan which needs them for a series of well paid Detroit dates during the fall of 1935.

            While in Detroit, they live at the home of Johnny Shines' cousin Frances Dunlap who some weeks later marry Calvin. Getting a good steady job in a motor plant, Frazier decides to settle in Detroit. For Calvin, it is the end of the road shared with his old friends, Robert Johnson and Johnny Shines who then leave Detroit to return to the South for the winter.

            Calvin who has already a long musical experience becomes easily a favorite of the burgeoning Detroit blues scene, mostly around Hastings Street and Paradise Valley.

            In October 1938, Alan Lomax who was on a recording hunt for local musical traditions from Wisconsin and Michigan (essentially people coming from the Balkans and Eastern Europe) hears about this Detroit bluesman who knew very well Robert Johnson. Lomax then records Frazier accompanied by Sampson Pittman, an old buddy from the South who also now lives in Detroit. Among the musical examples and spoken interviews made by Lomax we have only kept the ten "complete" (or almost) titles recorded during two days in October and November 1938. They are undoubtedly strong examples of a style very close to Robert Johnson's.

            The following years, Calvin plays very often with almost every blues or R&B act in Detroit and his guitar playing is more and more "modern", very influenced by the rising Californian guitar stars like T-Bone Walker. While associated with Big Maceo, Calvin should have recorded in Chicago for the Bluebird label but quite ill this very day he is unable to do the trip! Maybe it would have changed the course of his career?

            During 1946-47, Calvin tours with the Jungle Five Revue and plays his guitar licks up to New York and Montreal. He is also the lead guitarist of Baby Boy Warren, the T.J. Fowler's R&B band, the Jimmy Millner's Rhythm Band, teaches the guitar to Bobo Jenkins.... Early in 1954, he buys himself a Stratocaster, being certainly one of the very first bluesman to play this type of guitar.

            Despite all this, Calvin records only sporadically under his own name and only for very small local Detroit or Toledo labels with poor distribution (Fortune, Alben, JVB...).

            He dies at the young age of 57 from a massive heart attack on September 23d, 1972, a well respected musician, with a strong reputation among his peers but largely unknown outside a small group of blues buffs around the world.

            We have been able to gather here and for the first time everything Calvin Frazier has recorded (two tracks waxed for Fortune with the Jimmy Milner's band have been now unearthed, see below and on my YouTube channel.). Thus we are able to appreciate fully the considerable talent of this very underrated guitarist, how he (like all of the few real Robert Johnson's close associates like Robert Jr Lockwood and Johnny Shines) has evolved from the "new" Delta blues of his Southern years to the jazzy and modern sounds of the late 40's and 1950's. Calvin and Johnson were so close musically that we only can imagine that Robert himself would certainly have followed the same path, if only he could have lived enough.

                                                           Gérard HERZHAFT


CALVIN FRAZIER/ Complete Recordings
Calvin Frazier, vcl/g; Sampson Pittman, g. Detroit, Mi. 15-16 octobre 1938
01. This old world is in a tangle
02. I'm in the Highway man
03. Lilly Mae blues
04. Welfare blues
Calvin Frazier, vcl/g; Sampson Pittman, g. Detroit, Mi. 1 novembre 1938
05. She's a double crossin' woman
06. The Dirty dozens
07. Boogie woogie
08. Lilly Mae n°2
09. Blues
10. Highway 51
Calvin Frazier, vcl/g; band Detroit, Mi. 1949
11. Sweet Lucy (Drinking woman)
12. Bebop boogie
Calvin Frazier, vcl/g; Barbara Brown, vcl on *; band. Toledo, Oh. 1951
13. Got nobody to tell my troubles to
14. Rock house
15. Lillie Mae n°3
16. I need love*
Calvin Frazier, vcl/g; T.J. Fowler, pno; Elliot Escoe, tpt; Walter Cox, t-sax; Lee Gross, a-sax; John Murphy, bs; Clarence Stamps, dms. Detroit, Mi. 25 juillet 1952
17. Got nobody to tell my troubles to n°2
18. Little baby child
Calvin Frazier, vcl/g; Jimmy Millner's Blue Rhythm, band. Detroit, Mi. 1952
Sweet bread baby
Lilly Mae n°4
(see below and on my YouTube channel)
Calvin Frazier, vcl/g; Washboard Willie, wbd/dms. Detroit, Mi. 1956
19. We'll meet again
20. Lilly Mae n°5
21. Track down
22. Rockhouse
Calvin Frazier, g; band. Detroit, Mi. 1958
23. Have blues, must travel
Calvin Frazier, vcl/g; t-sax; og; Washboard Willie, wbd. Detroit, Mi. 1960
24. 2-2-5 Special I & II

Grâce à la générosité de Steve Wisner, nous avons maintenant les deux titres (Sweet bread baby/ Lilly Mae n°4) qui manquaient encore à cette intégrale. Steve a été un des acteurs essentiels du Chicago blues des années 70, produisant certains des meilleurs albums de cette période comme Eddie Campbell/ King of the Jungle, Mojo Buford's Chicago Blues Summit, Bring me another half a pint ou Good Rockin' Charles. Merci encore à lui.
Thanks to the generosity of Steve Wisner, we can now listen to the two (very rare) missing titles by Calvin Frazier (Sweet bread baby/ Lilly Mae n°4). For those who should not know, Steve has been a very bold and gifted producer of the Chicago blues during the 1970's, giving us masterpieces like Eddie Campbell/ King of the Jungle (certainly the best album this great artist ever waxed), Mojo Buford's Chicago Blues Summit (also one of his best), Bring me another half a pint or Good Rockin' Charles. Thanks again, Steve!


16 commentaires:

  1. Ce commentaire a été supprimé par l'auteur.

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    1. Merci mr herzhaft de nous proposer des tresors aussi rares et precieux car il ya a l heure actuelle peu de chances qu une maison d editions nous les propose.votre blog et don't ask me..i don't know sont vraiment des sources indispensables pour tout passionne de blues.Mais je pense que peu de gens connaissent ces 2 blogs,et une petite info dans soul bag aiderait peut etre a les faire mieux connaitre.En tout cas merci et tous mes encouragements.
      Jacques

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    2. Je suis tout à fait de votre avis Jacques;une information dans "Soul Bag" maais aussi d'autres revues de musiques me semble indispensable.JP Verger

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    3. Vous êtes bien aimables... Mais 1) ce site est déjà substantiellement fréquenté avec desmilliers de visiteurs réguliers du monde entier; 2) étant donné les problèmes que l'on peut rencontrer avec l'hébergeur et/ou l'industrie musicale américaine, il vaut mieux éviter trop de publicité pour ce genre de site que je ne fais hélas que pour pallier à l'incurie complète des compagnies; 3) ensuite, les revues musicales font ce qu'elles veulent et répercutent ou non les infos; 4) mais il faut savoir quand même qu'un blog comme le mien a infiniment plus de lecteurs que les revues sur papier....

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  2. Hi Gerard and thank you very much for another superb post. I'm going to enjoy listening to this.

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  3. Superbe cadeau! Merci

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  4. Really fantastic. Thanks and Happy New Year

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  5. Looks good Gerard, as always many thanks, I'll give this a good listen later today.

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  6. Merci pour cette pépite inconnue .
    André

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  7. A rare gem indeed, many thanks for sharing

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  8. Merci beaucoup ! Je ne le connaissais pas.
    Philippe

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  9. Thanks for share, found your blog recently.
    Have your book Encyclopedie Du Blues edition 1990. It was very useful then for preparing my radioshow.

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  10. That picture of Detroit back in 1935 looks remarkably similar to the way it appears today!

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  11. To answer to some queries, the sources I used for this article are:
    Alan Lomax papers and interviews (in Detroit); George Paulus who interviewed Calvin Frazier in depth; Jas Olbrecht book; notes from the Calvin Frazier CD and a lengthy interview I made with Johnny Shines when he was at my home.

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  12. Thank you so much mate!

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  13. New Link for Calvin Frazier:

    https://mega.nz/#!7JBmBA5A!HAVeY5acqqUb5GRFBsYjIF5Yfac4UNruFPMSbNqwEiQ

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