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lundi 26 novembre 2012

L.C. ROBINSON/ GOOD ROCKIN'




L.C. ROBINSON: GOOD ROCKIN' WEST COAST BLUES








         Ce Texan pur sucre ("jusque au bout de mes bottes" disait-il!) né le 15 mai 1915 à Brenham, une bourgade entre Houston et Austin célèbre pour ses crèmes glacées, a affirmé avoir appris les rudiments de la guitare slide auprès de son lointain cousin, le célèbre chanteur/ évangélisateur Blind Willie Johnson qui venait souvent dans la ferme familiale. Mais L.C. (Louis Charles) Robinson a ensuite été considérablement influencé par les stylistes du Western Swing, notamment Bob Dunn et Leon McAuliffe avec qui il se lie d'amitié durant quelques années. C'est McAuliffe qui lui apprend à jouer de la steel-guitare, à plat sur les genoux. C'est aussi avec les musiciens de Western Swing qui gravitent autour de McAuliffe que L.C. apprend le fiddle ainsi qu'une grande partie du répertoire des Texas Playboys de Bob Wills.
         En 1940, comme beaucoup de Texans, L.C. part s'installer à Oakland en Californie afin de travailler dans l'industrie alors bourgeonnante. Il forme un petit orchestre avec son frère, l'harmoniciste et Révérend A.C. Robinson qui pratique Country Music, Gospel et blues. Ses qualités de chanteur et de musicien ainsi que sa forte présence scénique lui valent vite une solide réputation locale. Mais il n'enregistre malheureusement qu'un 45t en 1954 pour le petit label Rhythm. Ses multiples talents de musicien, violoniste, guitariste, steel-guitariste, son vaste répertoire, des blues profonds à la Lightnin' Hopkins jusqu'à des instrumentaux empruntés au Western Swing en font un des favoris du Blues Revival californien des années 60. Avec sa gouaille et son extrême dynamisme, personnage éminemment pittoresque, il séduit de nombreux groupes de rock californien qui l'accueillent volontiers pour faire le boeuf ou qui le prennent en première partie de leurs shows.

Arhoolie CD (original LP + unissued tracks)

         C'est ainsi qu'il ouvre les concerts de Hot Tuna, Jefferson Airplane, Canned Heat, John Lee Hooker, Muddy Waters. En 1968, il retrouve enfin les chemins des studios, enregistrant un demi album pour World Pacific. Mais c'est avec le Muddy Waters blues band qu'il signe son premier album complet, le splendide Mojo in my hand (Arhoolie) qui voit aussi briller le pianiste Dave Alexander (aka Omar Sharriff). En 1974, il est de nouveau dans les studios pour un deuxième bel album, House cleaning blues, qui n'a jamais été réédité et dans lequel il est accompagné par le pianiste Robert Hooker (un des fils de John Lee) et du superbe guitariste Luther Tucker.
         Apparaissant dans divers programmes télévisés, familier du populaire San Francisco blues festival, L.C. était sur le point d'effectuer une première tournée européenne qui s'annonçait prometteuse lorsqu'il décède d'une crise cardiaque à son domicile de Oakland le 26 septembre 1976.
         Nous avons regroupé tous ses enregistrements aujourd'hui difficiles à trouver. Le magnifique album qu'il a gravé pour Arhoolie (titres en rouge dans la discographie) est couramment disponible en CD et nous vous invitons bien sûr à l'acquérir. Soyez sûrs que ce sera un petit joyau dans votre collection.
                                                        Gérard HERZHAFT

L.C. (Louis Charles) Robinson, born in Brenham (Tx) May 15, 1915, said he was initiated to the slide and steel guitar techniques by the famous Gospel singer Blind Willie Johnson who was one of his relatives. But he was much more influenced by Western Swing steel guitarists Bob Dunn and Leon McAuliffe who introduced him to the musicianship and repertoire of Bob Wills' Texas Playboys. At that time, L.C. learnt also to play the fiddle.
In 1940, like so many Texans, L.C. Robinson went to Oakland, California, to work in the burgeoning industry and joined his brother A.C. Robinson's band. His musicianship as well as his stage histrionics gained him quickly a strong local following. Unfortunately, L.C. recorded only one 45 under his own name for the tiny Rhythm label in 1954.
This is the Californian blues and folk revival of the 60's that gave L.C. the opportunity to know most of the then emerging rock blues bands. He very often came to stage to jam with Hot Tuna, Jefferson Airplane, Canned Heat and such and soon opened many of their shows while running his own small combo with young ace pianist Dave Alexander (aka Omar Sharriff). He was also a favorite of the very popular San Francisco Blues Festival.
         In 1968, Robinson waxed half of an LP for World Pacific and in 1971, Arhoolie gave him the opportunity to record Mojo in my hand, a masterpiece of an album, in which he is brilliantly backed by the Muddy Waters Blues Band (for whom he had just opened the Californian tour show).
         Three years later he recorded his second album for Al Smith's Bluesway label, House cleanin' blues with guitarist Luther Tucker's band, once again a very good record which has never been reissued in any form.
         L.C. Robinson was due to fly to Europe for a tour which looked very promising when he died suddenly at his Oakland's home on September 26, 1976.
         This mp3 collection gathers all his recordings with the exception of those (in red in the discography) from the Arhoolie album that is currently available and certainly a gem to buy.
                                                        Gérard HERZHAFT





L.C. ROBINSON
The Complete Sessions
L.C. Robinson, vcl/g/st-g; Big Jim Wilson, t-sax; pno; bs; dms. San Francisco, Ca. 1954
01. Why don't you write to me?
02. If I lose you
L.C. Robinson, vcl/g/st-g; Lafayette Thomas, g; Dave Alexander, pno; Malachi Spencer, bs; Barnell Barfield, dms. Berkeley, Ca. 9 septembre 1968
03. Separate ways
04. Jake rabbit boogie
05. Train time blues
06. Clean your house
L.C. Robinson, vcl/g/st-g; Lafayette Thomas, g; Dave Alexander, pno; Willie Pierce, t-sax; Carl Van Green, t-sax; Malachi Spencer, bs; Victor Leonard, dms. Berkeley, Ca. 9 septembre 1968
07. Bringing my baby back home
L.C. Robinson, vcl/g/st-g/fdl; Pee Wee Madison, g; Sammy Lawhorn, g; Pinetop Perkins, pno; Charlie Musselwhite, hca; Calvin Jones, bs; Willie Smith, dms. San Francisco, Ca. 9 septembre 1971
08. Ups and downs
09. Pinetop's boogie woogie
10. Across the bay blues
11. L.C.'s Shuffle
12. Can't be a winner
13. Mojo in my hand
L.C. Robinson, vcl/g/st-g/fdl; Dave Alexander, pno; William Hyatt, bs; Teddy Winston, dms. San Francisco, Ca. 17 décembre 1971
14. Stop and jump
15. She got it from the start
16. Things so bad in California
17. New train time
18. I'm just a country boy
19. L.C.'s theme
20. I've got to go
L.C. Robinson, vcl/g/st-g/fdl; Robert Hooker, pno; Luther Tucker, g; Lex Boyd Sylva, bs; Ken Swank, dms. San Francisco, Ca. 1974
21. Summerville blues
22. Separation blues
23. Texas blues
24. My baby crossed the Bay
25. Stop now
26. Cross the Bay shuffle
27. Train time
28. Southern bound
29. Standin' in line
30. Trailin' my baby
31. Rockin' with Peggy
32. House cleanin' blues


lundi 12 novembre 2012

LIGHTNIN' SLIM EN EUROPE




LIGHTNIN' SLIM EN EUROPE




         Né à Good Pine, au coeur de la Louisiane le 13 mars 1913 et non à Saint Louis comme on l'a longtemps affirmé, Otis Hicks apprend la guitare en écoutant les disques de Lightnin' Hopkins, à plus de 30 ans! Il se produit dans les tavernes de la capitale de la Louisiane au sein d'un grand orchestre de Rhythm & Blues. C'est cette formation que le DJ noir, Ray Meaders dit Diggy Do, présente au producteur J.D. Miller, alors le seul producteur-éditeur-arrangeur-propriétaire de studios de la région. Miller juge l'orchestre très médiocre mais s'arrête sur le guitariste ultrabasique qui se fait même nommer "Lightnin" pour son affinité avec Hopkins.
         Le lendemain, Miller enregistre Otis Hicks, rebaptisé Lightnin' Slim, en raison de son apparence élancée en compagnie de l'harmoniciste Wild Bill Phillips. Cette séance mémorable donnera l'extraordinaire Bad luck, un vrai petit succès qui deviendra, longtemps après, Born under a bad sign via Booker T. & the MG's! Bad luck signale les débuts du Swamp blues, cette atmosphère à ras-de-terre avec une interaction guitare-chant-harmonica sur un rythme paresseux. Avec des effets fréquents de percussion, c'est un des styles de blues les plus évocateurs: le cri du crapaud-buffle semble retentir; on croirait presque entendre le clapotis des marécages. Lightnin' Slim sera ensuite associé à d'autres bluesmen profonds de Louisiane comme Lazy Lester puis Whisperin' Smith. Avec sa voix lente et rocailleuse, au long accent traînant, sa capacité à transformer n'importe quel blues en une pièce personnelle et haute en couleurs, Lightnin' Slim grave une œuvre splendide, une des toutes meilleures du blues de l'après-guerre. La plupart de ses titres sont dominés par un formidable sens théâtral et un humour dévastateur. Consécration de son originalité: Lightnin' Hopkins, celui qu'il imitait, reprendra deux morceaux de Slim: My starter won't start et It's mighty crazy.
         Contrairement à son compère Slim Harpo, Lightnin' Slim n'a pas connu de grand succès national mais le public noir sudiste lui a toujours été fidèle. Après 1966, Slim qui avait détruit un camion appartenant à Miller dans un accident de la route prend peur et s'exile à Detroit. Ce n'est qu'en 1972 qu'on le sort de l'usine où il travaillait. En compagnie de Whisperin' Smith, Lightnin' entreprend une nouvelle carrière en Europe et apparaît, brillant, aux sommaires de l'American Folk Blues Festival 1972, de l'American Blues Legends et au festival de Montreux, accompagné par les Aces. Ses manières rurales immanquables, parlant lentement, marchant lentement comme sur des coussins d'air buvant cul sec, sa formidable présence sur scène et ses accoutrements - ce bonnet de fourrure vissé sur le crâne sous les spotlights! - lui assurent une brève mais forte popularité auprès du public européen.

         Sa prestation à Montreux en 1972 est particulièrement mémorable. Les organisateurs avaient décidé de faire accompagner Lightnin' Slim et Whispering Smith par les Aces plus Lafayette Leake. Ces derniers dont les manières urbaines étaient aux antipodes des Louisianais n'avaient en plus jamais entendu parler de ces musiciens qu'ils regardaient avec inquiétude et demandaient aux fans européens d'où sortaient ces deux lascars et s'ils savaient vraiment jouer!!! Le résultat, heureusement enregistré, dément ces appréhensions.
         Lightnin' Slim devait revenir en Europe mais hélas son décès inattendu le 27 juillet 1974 à Detroit l'empêcha de profiter de ce nouveau public.
                                                        Gérard HERZHAFT

         Born on march 13 1913 in Good Pine (La) and not in Saint Louis as it has been written , Otis Hicks worked for years as a sharecropper and tractor driver on plantations while being attracted by the blues and particularly the guitar of Lightnin' Hopkins.
         In fact, Otis started to play guitar quite late in his life, around 1953, but soon was heard on several R&B local bands. Thanks to the famous DJ Diggy Do (Ray Meadows), Otis was brought to the attention of producer J.D. Miller who, impressed by the low down blues of Hicks, took him into his Crowley recording studio and issued records under the moniker Lightnin' Slim that he created for Otis Hicks.
         In 1954, Bad luck was a local hit for Slim and Miller, the first record of a long decade of some wonderful and most witty, gritty, low down and dirty blues to come off of this area. If other Miller's artists waxed remarkable blues, it is undoubtedly with Lightnin' Slim that the so called Swamp blues peaks at its all-time swampiest. Listen to some of his extraordinary sides issued on the Excello label during the 50's and early 60's and you are transplanted from your armchair to the Louisiana bayou land where you can hear the croaks of the frogs and the swash of the swamp. Another Hoodoo man blues later and you'll probably even feel the mosquitoes biting your skin!
         In 1966, the down home blues was not selling anymore in the USA, so Slim moved to Detroit to work in a car factory. But his reputation was very high among the European blues buffs, particularly in England where his records were the inspiration for a lot of rock groups. So in 1972, Fred Reif who had found Slim in Detroit persuaded him to bring his Swamp blues overseas, alongside his old partner harmonica player Whispering Smith.
         Slow walking, slow talking, hard drinking, with some improbable get-ups, Slim seemed to be for the young Europeans the archetype of the Southern bluesman. He was a big success everywhere and enjoyed a lot to be treated like a star, surrounded by young ladies and sipping good scotch or even (better?) French cognac.
         Slim and Smith gave one of their most memorable concert on the venerable jazz festival of Montreaux in Switzerland. They had to be backed by the Aces (Myers brothers, Below and Lafayette Leake) who had never heard of those Louisianan downhome bluesmen and were very worried about their musicianship and their ability to play anything or even stand on stage with all the alcohol they had drunk since the afternoon. A coterie of French blues fans had to reassure them before they entered stage.
         This mp3 collection gather those special moments when Lightnin' Slim was a big star in Europe.
         There were plans for Slim to return quickly on those shores and to tour extensively everywhere in Europe. But he died unexpectedly on 27 July 1974 in Detroit.
                                                        Gérard HERZHAFT
Thanks to the researches of Winnie Freyer and Gerd Wieben, we know for sure that Lightnin' slim was born in Good Pine (La) on march 13 1913 and not in Saint Louis




LIGHTNIN' SLIM & WHISPERING SMITH
Live in Europe
Lightnin' Slim, vcl/g; Whispering Smith, hca/vcl on* ; Lafayette Leake, pno; Louis Myers, g; Dave Myers, bs; Fred Below, dms. Montreux, CH. 18 juin 1972
01. Lonesome cabin blues
02. My starter won't work
03. Just imagination
04. Caress me baby
05. Baby what you want me to do?
06. I want you to love me
07. You got me dizzy
08. Nobody loves me but my mother
09. Storm in Texas*
10. Got my mojo working (with Jimmy Dawkins)
Lightnin' Slim, vcl/g; Whispering Smith, hca; W.D. Kent, bs; Billy Davenport, dms. Munich, All. 26 octobre 1972
11. Wintertime blues
Lightnin' Slim, vcl/g; Whispering Smith, hca/vcl on *; Boogie Woogie Red, pno; Roger Hill, bs; Tom Farnell, dms. Londres, GB. 16 février 1973
12. Take me back baby*
13. Texas flood*
14. Love bug
15. Walking in the park

mercredi 10 octobre 2012

Chicago/ The Blues Yesterday Vol. 2


CHICAGO/ THE BLUES YESTERDAY/ Volume 2


            
Deuxième volume de cette série maison sur les disques obscurs du Chicago blues d'hier et qui n'ont jamais (sauf erreur) été réédités en CD et qui sont introuvables sauf dans des coûteuses ventes aux enchères.
            Le grand bluesman Eddie Campbell est aujourd'hui salué comme un des meilleurs représentants du West Side Sound encore parmi nous. J'ai eu la chance de le rencontrer de nombreuses fois alors qu'il résidait en France et était accompagné par un excellent orchestre français, celui de Tao Ravao avec le vibrant harmoniciste Vincent Bucher (hélas, Eddie ne semble pas avoir enregistré avec eux). Les prestations de Mr Campbell étaient toutes remarquables de dynamisme, de feeling et de sens de la scène. Eddie a enregistré plusieurs albums de très haut niveau, notamment son grandissime 
King of the Jungle ainsi que d'autres comme Let's pick it ou son dernier excellent CD pour Delmark Spidereating preacher. Avant cela, dans les années 60, il a gravé trois 45t pour un minuscule label (Hawaii) dont un avec la mystérieuse chanteuse Yvonne Gomez qui méritent d'être connus.
            




Little Wolf, de son vrai nom Jesse Sanders (né le 26 juin 1930 à Florence, Mississippi) a fait une carrière de policier à Chicago tout en chantant ici et là dans les clubs de blues. Marié à la nièce de Howlin' Wolf, Diane, Jesse a été pris en main par Willie Dixon lorsque celui-ci venait de fonder son propre label indépendant Yambo. Willie voulait à tout prix promouvoir des imitateurs des grands noms du blues. Sanders qui de temps à autre imitait Howlin' Wolf a été rebaptisé Little Wolf par Dixon qui, à la mort du vrai Loup Hurlant, lui a composé et fait enregistrer en 1976 le superbe 45t The wolf wont howl no more qui a eu un petit succès dans les juke boxes de Chicago. Dans la foulée, Willie a produit un album entier qui, fabriqué maison (les jaquettes étaient collées à la main par Dixon lui-même sur le carton et le texte était parsemé de multiples fautes d'orthographe!) n'a jamais été distribué nulle part. Je l'ai jadis acheté à Dixon lui-même dans la petite boutique qu'il tenait alors à Chicago. Même si aucun titre de ce LP ne retrouve la force de Wolf won't howl no more, la musique est tout de même de bon niveau avec des accompagnateurs de haut calibre comme Buster Benton, Johnny B. Moore ou Billy Branch. Little Wolf aurait enregistré un autre album produit par Bobby Rush qui est très rare et dont notre ami Pierre Monnery a retrouvé la trace.

 Au moment de sa retraite de la police, Jesse Sanders est parti vivre à Memphis où il s'est produit sporadiquement sur scène.
            Enfin, Little Larry Hudson qui officiait, au chant et à la guitare, dans les clubs du West Side de Chicago dans les années 70, demeure une figure mystérieuse. Originaire de Des Moines (Iowa) où il a en enregistré un 45t, il a ensuite gagné Chicago et gravé en 1977 encore un single beaucoup plus soul avant de disparaître on ne sait où.

                                                        
  Gérard HERZHAFT

The second volume of Chicago/ The blues yesterday brings to your attention two little known blues artists plus the early works of the great bluesman Eddie Campbell who has recorded such masterpieces album like King of the Jungle (certainly one of the best LP to come out from Chicago in the 70's), Let's pick it or his recent Delmark effort Spider eating preacher
            I've had the great pleasure to meet several times Eddie when he was living in Europe, touring with the very good French blues band of Tao Ravao featuring harmonica ace Vincent Bucher. A great gentleman and a fantastic showman, Eddie was also very friendly and willing to share recollections of his musical career, drawing striking sketches of the Chicago blues scene. The three singles he did for the tiny Hawaii label in the late 60's are very hard to find and have (to my knowledge) never been reissued anywhere in any form. One of this 45 feature Eddie with the mysterious singer Yvonne Gomez.
            Little Wolf (born Jesse Sanders 26 June 1930 in Florence, Ms) was altogether a Chicago police officer for 47 years while singing the blues in the Windy City clubs. Married to Howlin' Wolf's niece Diane, Jesse brought the attention of Willie Dixon who was trying to find new talents for his fledgling Yambo label. Rebaptized by Dixon Little Wolf, Jesse recorded the modest hit but striking blues The wolf won't howl no more after Howlin' Wolf's death. This single was then featured on a whole album that I bought directly at Willie Dixon's small Chicago office. I don't think this fairly good album (featuring such luminaries as Buster Benton, Johnny B. Moore and Billy Branch) has ever been distributed outside Chicago. It has been said that Jesse made also another album for Bobby Rush which is very hard to find (thanks to Pierre Monnery who located one copy of this!). After his retirement from the Chicago Police Department, Jesse Sanders relocated in Memphis where he made some public appearances. It is not known if he is still alive.
            Little Larry Hudson is an almost complete unknown. A singer and guitarist, he seems to hail from Des Moines, Iowa where in the late 60's he recorded a single for the very short-lived Success label. A few years later, he was performing in Chicago (generally with the L.C. Roby band) and waxed another 45 in a much more Soul-oriented style.
                                                           Gérard HERZHAFT



CHICAGO/ THE BLUES YESTERDAY
Volume 2
Eddie C. Campbell, g; Melvin Brown, pno; Sylvester Boines, bs; Lester Dorsey, dms. Chicago, Ill. 1968
01. All nite I & II
Eddie C. Campbell, vcl/g; band. Chicago, Ill. c. 1968
02. Soup bones
03. Sleepin' the monkey
Eddie C. Campbell, g; Yvonne Gomez, vcl, vcl group; band. Chicago, Ill. c. 1968
04. Ease the pain
05. My man a go-go
Littlle Wolf (Jesse Sanders), vcl; Buster Benton, g; Dennis Miller, g; Johnny B. Moore, g; Billy Branch, hca; Freddy Dixon, bs; Clifton James, dms. Chicago, Ill. 1976
06. The Wolf won't howl no more
07. Mama talk to your daughter
08. Stop ducking on me
09. Every girl I see
10. Put it all in there
11. Sex appeal
12. You can't keep her long
13. Shake for me
Little Larry Hudson, vcl/g; band. Des Moines, Iowa. Late 60's
14. Ride with me
Little Larry Hudson, vcl/g; prob. Reggie Boyd, g; band. Chicago, Ill. 1975
15. Land of dog eat dog
16. Strong constitution

mercredi 3 octobre 2012

ERNEST LEWIS aka WEST TEXAS SLIM



ERNEST LEWIS/ WEST TEXAS SLIM



            Le véritable engouement que suscite mon dernier article sur Country Jim Bledsoe me pousse à sans tarder présenter l'intégrale de Ernest Lewis, un autre musicien down home, celui-ci originaire du Texas. Il a enregistré dix titres sous son nom – dont de superbes versions de Loudella de Yank Rachell, de Lonesome in my bedroom de Curtis Jones ainsi que plusieurs fortes compositions, auxquels j'ai ajouté deux titres dans lesquels Lewis accompagne le pianiste Little Son Willis. Si les influences de Blind Lemon Jefferson, Little Hat Jones et même Lightnin' Hopkins sont notables dans le jeu de Lewis, il me semble tirer le principal de son inspiration de Funny Papa Smith. Ernest Lewis est un guitariste incroyablement down-home et un chanteur laconique qui fait mouche sur chacun des disques qu'il a enregistrés, la plupart des chefs d'oeuvre, sous divers noms (West Texas Slim, Country Slim, Buddy Lewis!). Il semble être originaire de la région de Beaumont au Texas qu'il a quittée pour le ghetto de Watts, à Los Angeles. Comme pour Bledsoe, on ne connaît les dates ni de sa naissance ni de sa mort. En fait, on perd sa trace après sa dernière séance enregistrée de 1953. Un titre est chanté par une femme qui signe "Miss Country Slim"!, probablement la compagne de Lewis, Rosa Lee.
            Malcolm Willis dit Little Son Willis n'est guère plus connu. On sait qu'il est originaire de Fort Worth et que comme beaucoup de Texans il est venu chercher du travail pendant ou après la guerre en Californie. Il a gravé dix titres sous son nom, son jeu de piano ancré dans la robuste tradition dite de Santa Fe. Mais son chant comme son répertoire en font avant tout un émule du Docteur Clayton, aujourd'hui quelque peu oublié, mais qui est l'auteur de plusieurs standards du blues et qui a connu une forte popularité dans les années 1940.
                                               Gérard HERZHAFT

The strong interest that my Country Jim Bledsoe post have apparently sprung pushes me to give you the complete recordings of another gritty and downhome blues guitarist and singer, Ernest Lewis. He waxed ten sides between 1949 and 1953, then completely disappeared. Until now we don't know neither his birth date nor his date of death. He apparently hailed from Beaumont on the Texas Gulf Coast where he recorded his first incredibly raw and gripping 78t. We then find him in Los Angeles (he lived in Watts) for several more records of the same very high level. Ernest recorded under several names (West Texas Slim, Buddy Lewis, Country Slim) for no apparent reasons. Most of his records are very personal versions of blues hits of the 30's and 40's: LouDella from Yank Rachell, Lonesome in my bedroom from Curtis Jones but he has also penned several more personal blues like Little Mae Belle. He is strongly embedded in the Texas guitar tradition from Jefferson to Hopkins but, to my ears, the strongest of his influences seem to be Funny Papa Smith. Lewis has also played guitar behind the mysterious Miss Country Slim (probably his girl) and , for his last session, behind Little Son Willis, a singer-pianist from Fort Worth whose ten recordings betray a very heavy influence of Dr Clayton.
                                                           Gérard HERZHAFT
A la suite de la défaillance de l'hebergeur initial, j'ai dû refaire complètement cette compilation qui se présente désormais comme un unique fichier (que vous pourrez si vous le souhaitez séparer en deux) au
Due to downloading problems I had to change the URL and the files altogether. Here is the new link for new files combining the complete Bledsoe and Lewis titles together:



ERNEST LEWIS
Complete Recordings
Ernest Lewis, vcl/g. Beaumont, Tx. 1949
14. Rosa Lee
15. Shake'em on down
Ernest Lewis, vcl/g; pno; bs; dms. Los Angeles, Ca. 1952
16. Lonesome bedroom
17. You've got good business
Ernest Lewis, vcl/g. Los Angeles, Ca. 1952
18. Lou Della
19. Little Mae Belle
Ernest Lewis, vcl/g; hca. Los Angeles, Ca. 1952
20. No more lovin'
21. West Coast blues
Ernest Lewis, vcl/g; Miss Country Slim, vcl on *; prob. Little Son Willis, pno. Los Angeles, Ca. 1953
22. What wrong have I done?
23. My girlish days*
Little Son Willis, vcl/pno; Ernest Lewis, g; bs; dms. Los Angeles, Ca. 1953
24. Roll me over slow
25. Baby come back home


mercredi 1 août 2012

CHICAGO/ THE BLUES YESTERDAY Part 1

CHICAGO/ THE BLUES YESTERDAY/ Part 1

            
Ce premier volume d'une série qui sera peut-être à suivre regroupe les disques d'artistes qui n'ont pas fait carrière mais ont néanmoins animé les clubs de Chicago durant des décennies. Ces soutiers du blues ne sauraient certainement être comparés aux grands bluesmen de Chicago tels Muddy Waters, Howlin' Wolf ou Little Walter. Mais eux aussi ont façonné le Chicago blues, créant ou interprétant cette musique, jouant sans relâche les week-ends, espérant peut-être devenir des stars, attirant un public local, assurant par leur existence même l'existence de clubs de blues et la permanence du genre. Sans eux, y aurait-il vraiment eu après la guerre un Chicago blues aussi important et foisonnant?
            En général, ces bluesmen n'ont enregistré qu'une poignée de 45t, plus rarement un LP pour de petits voire de minuscules labels, souvent aussi financés et produits par eux-mêmes. On ne trouvait leur musique que dans les juke boxes de Chicago, parfois dans quelques magasins spécialisés. Les ventes ont été très faibles et provenaient avant tout de disques achetés entre les sets par une clientèle locale. Certains n'ont parfois pas dépassé les cent exemplaires! D'autres, rares par essence, ont été parfois réédités sur des albums pour collectionneurs, souvent sans que les bluesmen eux-mêmes aient été au courant. Pour quelques uns, en petit nombre, (comme ici Dusty Brown), cela a permis de faire un petit come back. Pour la plupart, ce ne sont que des 45t pas toujours répertoriés dans les discographies mais qui surgissent ici et là dans des ventes aux enchères à des prix souvent prohibitifs.
          
  Little Oscar Stricklin est né probablement dans le Sud dans les années 30 ou 40 et possède une grosse réputation auprès des fans de blues avec son magnifique Suicide blues, seul de ses titres qui a été réédité plusieurs fois sur diverses anthologies. Nous proposons ici ses trois premiers singles dans lesquels il démontre un talent évident. Disparu des écrans radars, j'ai découvert, grâce à mes talents de détective, qu'il a en fait changé sa guitare d'épaule pour embrasser le Funk voire le Disco sous différents pseudonymes, notamment Little O (à ne pas confondre avec un bien plus jeune Little O, artiste de Hip Hop), enregistrant régulièrement des singles fort différents de ceux de ses débuts. Il vient soudain de ressurgir de nulle part et semble en pleine forme. Peut-on espérer le voir enregistrer enfin un album de blues pour Delmark par exemple?
LITTLE OSCAR TODAY, STILL ALIVE AND WELL
            Dusty Brown, né C.V. Triplett en 1929 dans le Mississippi est bien plus connu. Harmoniciste se situant entre Jimmy Reed et Little Walter, il a gravé une poignée de titres de haut niveau dans les années 50 qui sont ici tous réunis. Il a participé en France en 1972 à une tournée du Chicago Blues Festival sans beaucoup de succès, a dirigé un club à Chicago avant de repartir dans le Sud. Dans les années 1990, de retour à Chicago, Dusty a à nouveau enregistré pour Wolf et pour Severn (l'excellente anthologie Chicago Blues Harmonica Project).
            Le placide bassiste Hayes Ware (né à Ruleville, Ms au cœur du Delta) a participé à de nombreuses séances d'enregistrement dans les années 1970-80, accompagné régulièrement Johnny Young puis Hip Linkchain, a enregistré deux 45t (dont ici son meilleur morceau, You got me mamma) et même un album autoproduit (Blues ghetto woman) dans lequel il joue cette fois de la guitare (assez rudimentaire) accompagné d'un Billy Branch en grande forme à l'harmonica. J'avoue ne guère savoir ce qu'il est devenu et même s'il est encore vivant.
                                                           Gérard HERZHAFT
This (I hope?) ongoing series Chicago/ The blues Yesterday is dedicated to obscure bluesmen who waxed a handful of singles, sometimes an LP, that were mostly self produced, on very small labels. Those were rarely sold outside some stores in Chicago or more often from the bandstand by the artists themselves. Nevertheless, those bluesmen were part and even instrumental in making alive the true Chicago blues scene when there still were neighbourhood bars presenting blues for African Americans patrons. Coming quite often in the USA during the 70's and 80's, I had the opportunity to see some of those bluesmen, chatting with them and buying their records. They had sometimes hope of greater fame, wanted very much to tour overseas, asked me to do something for them. But unfortunately, in most cases, they stayed in obscurity.
            Little Oscar Stricklin' is famous for his wonderful Suicide blues, a great modern blues a la Buddy Guy. But he made much more than this only title, three blues singles you'll find here and, after that, during the 70s and 80s, he changed his style for a more Funk and Disco approach under the moniker of Little O (not to be confused with the other much younger Little O, a hip hop artist). He has just resurfaced from nowhere and seems to be in great blues form. Let's hope he will be able to record the whole blues album he is certainly able to do. On Delmark for instance?
            The harp player Dusty Brown (born in 1929) is much better known, having recorded a handful of 45's. He even toured France in 1972 (with Johnny Shines and Luther Johnson) but this didn't do much for him. He managed a Lounge for awhile, went back to Mississippi for years and resurfaced in the 1990's, recording several excellent tracks, particularly on the anthology Chicago Blues Harmonica Project.
            Bassist, singer and sometimes guitarist Hayes Ware (from Ruleville, in the heart of the Mississippi Delta) was in the studios as an accompanist on numerous sessions during the 60's and 70's, played regularly with Hip Linkchain and waxed two 45's and an odd album that features Billy Branch in great form.


CHICAGO/ THE BLUES YESTERDAY
Volume 1
Little Oscar (Oscar Stricklin), vcl/g; band. Chicago, Ill. 1967
01. Suicide blues
02. Empty bottles
Little Oscar, vcl/g; Freddy Robinson, g; band. Chicago, Ill. 1969
03. Gotta make a change
04. Two foot drag
Little Oscar, vcl/g; band. Chicago, Ill. 1973
05. The message
06. I tried
Dusty Brown (C.V. Triplett), vcl/hca; Joe Little, g; Henry Gray, pno; Johnny Sturdivant, dms. Chicago, Ill. 1 octobre 1955
07. Yes she's gone
08. He don't love you
09. Rusty Dusty
10. Hurry home
Dusty Brown, vcl/hca; Hip Linkchain, g; Jug Linkchain, bs; Bob Richey, dms. Chicago, Ill. 1958
11. Please don't go
12. Well you know I love you
13. Do you love me?
14. Will you forgive me baby?
Hayes Ware, vcl/bs; g; dms. Chicago, Ill. 20 février 1975
15. You got me mamma
Hayes Ware, vcl/g; Billy Branch, hca; Craig Walton, bs; Herman Shorty Gary, dms. Chicago, Ill. mai 1979
16. Fishin'
17. I can't hide my love
18. Little Sally Walker
19. Ride high

mardi 10 juillet 2012

LAFAYETTE THOMAS: Master of the West Coast guitar


LAFAYETTE THOMAS: Master of the West Coast guitar

            Certains des plus influents guitaristes de blues n'ont fait que des carrières de sidemen, ont peu enregistré sous leur nom et sont souvent aujourd'hui bien oubliés, à l'exception d'une poignée d'aficionados.
            C'est le cas de Lafayette Thomas qui a gravé certains des plus beaux solos de guitare du blues de l'après-guerre, contribué très fortement à la réussite des chefs d'oeuvre du blues californien signés Jimmy Mc Cracklin, Jimmy Wilson, Roy Hawkins, Al Prince ou Sugar Pie DeSanto mais aussi beaucoup défini le style de guitare jazzy et délié du blues californien et influencé un très grand nombre de guitaristes, de Johnny Heartsman jusqu'à Peter Green en passant par B.B. King et Buddy Guy! Malgré cela, il n'a enregistré qu'une poignée de titres en vedette et son nom est rarement cité dans le panthéon des guitaristes de blues.

            Lafayette Thomas est né à Shreveport, le grand port fluvial, pétrolier et industriel de Louisiane le 13 juin 1928 dans une famille riche en guitaristes de blues. Deux de ses oncles ont fait d'importantes carrières et laissé une forte discographie: Willard "Ramblin'" Thomas qui est très ancré dans le blues des années 20 et son jeune frère Jesse "Babyface" Thomas qui a enregistré à partir de 1929 et jusqu'en 1995! Jesse Thomas "The blues troubadour", adepte d'un jeu économe, note par note et quantités de silences, a fortement marqué le style de blues louisiano-texan et enregistré un peu dans tous les styles, du strict Country blues en soliste jusqu'au Rhythm & Blues accompagné d'orchestres de cuivres. Très jeune, Lafayette fréquente beaucoup son oncle Jesse qui prend souvent avec lui son neveu, lui apprend la guitare. Son influence sera toujours apparente dans le jeu délié, profond, évocateur que son neveu élaborera peu à peu. Lafayette écoute aussi beaucoup les disques de T-Bone Walker dont il adoptera bien des riffs et des manières stylistiques. Lafayette citera plusieurs autres grands guitaristes texans comme ses sources d'inspiration: Lightnin' Hopkins, Little Hat Jones, Funny Papa Smith qu'il a vu jouer à Shreveport. Ainsi que les disques de Slim Gaillard qu'il avouera écouter régulièrement.

            C'est ainsi que, lorsqu'il vient s'installer encore adolescent dans la région d'Oakland-San Francisco, Lafayette a déjà mûri un style de guitare bien à lui et qui, à l'époque, est extrêmement personnel et original. A la fin de la guerre, Lafayette travaille dans une fabrique de boîtes de conserves (American Can Company) tout en faisant partie de plusieurs orchestres de blues locaux, notamment celui de Al Simmons (qui gravera quelques beaux 78t avec Guitar Slim Green) et le big band de Little Bob Young qui lui permet de jouer dans des clubs prestigieux comme le Pago Pago, The Nights et l'International Hotel où il rencontrera d'ailleurs son idole Slim Gaillard.
            Quand le guitariste Robert Kelton quitte Jimmy Mc Cracklin en décembre 1947, le pianiste et chanteur qui est en train d'émerger comme une vedette majeure du R&B californien le remplace par Lafayette qu'il a pu entendre et apprécier. Lafayette n'étant pas encore majeur (21 ans à l'époque), Mc Cracklin doit d'abord convaincre Mme Thomas mère de laisser partir son fils avec lui en tournée et quitter l'usine qui fournissait au jeune homme et à sa mère un salaire au moins assuré. Lafayette va s'imposer très vite comme une des pièces maîtresses des Blues Blasters de Jimmy Mc Cracklin et sa réputation ne cesser de grandir. Chacun de ses solos fait mouche et contribue souvent à transformer un morceau qui serait banal en un titre marquant. Le producteur Bob Geddins le sollicite de plus en plus souvent pour jouer de la guitare derrière la myriade d'artistes qu'il enregistre, notamment bien sûr Jimmy Wilson avec des solos grandissimes de Thomas (Tin pan alley). Et un jour où Lafayette est en tournée avec Mc Cracklin pour une série de dates à Houston, c'est un tout jeune B.B. King lui-même qui, l'ayant entendu la veille, toque à la porte de sa chambre d'hôtel et lui demande de lui montrer quelques "trucs". B.B., attentif, inclura dans son jeu de guitare la façon de tendre puis pincer les notes avant de les relâcher brusquement que lui a montrée Lafayette. King cite d'ailleurs toujours Thomas comme un des plus grands guitaristes de blues.

            C'est au détour d'un engagement à Memphis en 1951 que Lafayette va pouvoir enregistrer son premier disque sous son nom, Sam Phillips ayant demandé à Mc Cracklin l'autorisation d'emmener quelques heures son guitariste dans ses studios Sun. Lafayette apparaît comme un styliste très accompli et un chanteur au timbre nasal, très décontracté. Mais les tournées incessantes avec les Blues Blasters à travers tous les Etats Unis et un revenu substantiel qui en découle font que Lafayette Thomas n'enregistre que sporadiquement et à peu près dans les mêmes conditions: une poignée de titres généralement à la fin d'une séance de Jimmy Mc Cracklin.
            Après dix ans de cette vie harassante d'hôtel en hôtel, Lafayette Thomas a le désir de se fixer et de vivre un peu plus avec sa famille. Il décline de plus en plus souvent les offres de tournées, accompagne quand même souvent Mc Cracklin en studio (ses solos comme sur The Walk, un très gros succès de Mc Cracklin, sont mémorables) mais tente sa chance à la tête de son propre groupe où se distingue le pianiste Candyman Mc Guirt. Sous la houlette de Mc Cracklin, Lafayette a aussi beaucoup peaufiné son jeu de scène, ajoutant toute une kyrielle de gestes théâtraux comme jouer de la guitare derrière son dos, avec ses pieds, avec ses dents, des manières qu'un Chuck Berry dira avoir beaucoup appréciées....

            Mais les temps sont durs pour le guitariste dans la baie de San Francisco: engagements personnels de plus en plus rares et mal payés et une perte de faveur du public pour les grandes stars du R&B comme Mc Cracklin. A la fin des années 50, Thomas part tenter sa chance à New York, remplace quelques mois Mickey Baker dans le combo du pianiste Sammy Price, enregistre deux titres grâce à lui, participe à deux LPs du label Bluesville derrière (devant dans certains instrumentaux!) Memphis Slim et Little Brother Montgomery.
            Mais le "break" tant souhaité ne vient pas et Lafayette retourne à Oakland, reforme un petit groupe qui révèle le pianiste Dave Alexander, enregistre trois titres sur Oakland blues une anthologie du label World Pacific. cette expérience avec le producteur Steve La Vere lui laisse l'amère impression d'avoir été grugé au maximum. Même ses activités de musicien de studio sont de moins en moins fréquentes, concurrencé désormais par ses propres élèves, notamment l'omniprésent (et superbe lui aussi) Johnny Heartsman. Malgré tout, chacune de ses apparitions durant les années 1970 marquent l'auditeur: son fabuleux solo derrière Hello San Francisco de Sugar Pie DeSanto sera repris note pour note par Buddy Guy; celui derrière Mc Cracklin dans l'ultra rare 45t That's all right sur le minuscule label Voice Record est souvent cité comme le sommet de son art par ses exégètes.
            Rongé physiquement par un alcoolisme chronique, une fâcheuse dépendance contractée dès l'adolescence, Lafayette doit reprendre un travail dans une fabrique de tuyaux de caoutchouc à Brisbane, une cité industrielle de la Baie, et ne se produit plus sur scène que sporadiquement lorsqu'il décède le 19 mai 1977, à l'âge indu de 48 ans!

            Lafayette Thomas reste un des très grands et très influents guitaristes de l'histoire du blues. J'ai essayé dans ce CD-Mp3 de rassembler toute son oeuvre enregistrée sous son nom ainsi que les instrumentaux gravés à New York où ses parties de guitare en font le leader de facto.
                                                                       Gérard HERZHAFT
Lafayette Thomas stands as one of the greatest and most influent postwar blues guitarists: from Johnny Heartsman to B.B. King, Buddy Guy and even Peter Green, many better known musicians owes something to this relatively unknown. This mp3 collection gathers all the recordings he has waxed under his name plus some instrumentals where he is very much in the forefront.

Cet hommage à Lafayette Thomas doit beaucoup aux articles publiés par Tom Mazzolini dans Living Blues; Bez Turner dans Blues Unlimited; Emmanuel Choisnel et Marc Radenac dans Soul Bag

LAFAYETTE THOMAS/ Complete Recordings
Lafayette Thomas, vcl/g; band. Memphis, Tn. octobre 1951
01. Baby take a chance with me
02. Sam's drag
Lafayette Thomas, vcl/g; Jimmy Mc Cracklin, pno; Johnny Parker, t-sax; band. San Francisco, Ca. 1954
03. Don't have to worry (aka Jumpin' in the heart of town)
04. Lost mind (aka Standin' in the back door crying)
05. Deep South
Lafayette Thomas, vcl/g; band. Oakland, Ca. 1954
06. Cockroach run
07. The thing
08. Week end blues
Lafayette Thomas, vcl/g; Jimmy Mc Cracklin, pno; Al Jones, tb; Johnny Parker, t-sax; a-sax; Horace Hall, bs; Ray Cotton, dms. Chicago, Ill. juillet 1958
09. Old memories
10. Claim on you
Lafayette Thomas, vcl/g; Sammy price, pno; Buck Pizzarelli, bs; Joe Belton, dms. New York City, 7 juillet 1959
11. Please come back home to me
12. Lafayette's coming
13. Texarkana
Lafayette Thomas, g; Memphis Slim, pno; Wendell Marshall, bs. New York City, 26 avril 1960
14. Nice stuff
Lafayette Thomas, g; Little Brother Montgomery, pno; Julian Euell, bs. New York City, 1er juillet 1960
15. Tasty blues
16. How long, brother?
17. Brother's boogie
18. Sneaky Pete
19. Deep fried
Lafayette Thomas, vcl/g; Dave Alexander, pno; L.C. Robinson, st-g; Charles Thomas, g; Big Daddy Spencer, bs; Barnell Bradfield, dms. Berkeley, Ca. 9 septembre 1968
20. Party with me
21. I had a dream
22. A fool's way of doing things