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vendredi 26 octobre 2018

LARRY DALE: Blues Guitar Masters Volume 7



LARRY DALE: BLUES GUITAR MASTERS Vol. 7

           
A l'instar de Lafayette Thomas ou de Jimmy Spruill, Larry Dale est un de ces très grands guitaristes de blues qui, malgré qu'il ait contribué à la réussite d'innombrables disques d'autres artistes, n'a que peu enregistré sous son nom et demeure surtout connu (et très apprécié) des fans.
            Né Ennis Lowery à Hungerford au Texas, une petite bourgade près de Wharton, le 7 juillet 1923 il a commencé très jeune à jouer de la guitare sous l'influence de bluesmen locaux, se produisant ici et là dans des juke joints. Mais ce n'est qu'après avoir gagné New York en 1949 qu'il commence vraiment une carrière professionnelle, largement influencé au départ par B.B. King. C'est apparemment à ce moment-là et pour une raison inconnue qu'Ennis Lowery prend le sobriquet de Larry Dale. Il joue régulièrement avec le pianiste Bob Gaddy et son style de guitare précis, cinglant, vibrant et plein de feeling attire l'attention de nombreux musiciens. C'est le célèbre saxophoniste à succès Paul Williams (The hucklebuck) qui l'engage dans son orchestre et lui permet en 1952 d'effectuer ses premiers enregistrements en tant que chanteur.
            Versatile, très professionnel, capable de s'adapter à la plupart des styles de musique, Larry va s'imposer comme un des principaux guitaristes de studio de New York. Il se trouve ainsi derrière quantité d'artistes de blues, de R&B, de jazz et même de Pop. Ses solos de guitare mémorables sur Operator de Bob Gaddy ou dans l'album Blues from the gutter de Champion Jack Dupre sont devenus légendaires et ont influencé quantité de guitaristes jusqu'à Brian Jones.
            Sous son nom, il grave encore quelques titres en compagnie de Mickey Baker, Sam "The Man" Taylor et participe en 1957-59 à l'orchestre de Cootie Williams dont il est le chanteur de blues et avec lequel il enregistre encore plusieurs morceaux et effectue une tournée en Europe, gravant avec son leader un album de jazz en France dans lequel il interprète une superbe version de Three o'clock in the morning.
            En 1960, Larry réussit enfin, grâce à la production avisée de Henry Glover, a obtenir un modeste succès commercial avec Let's the doorbell ring qui frise le Rock'n'roll, une manière qu'il va perpétuer l'année suivante dans une belle version de Drinkin' wine de Sticks Mc Ghee.
            Mais les années 1960-70 sont très dures pour Larry Dale qui doit reprendre un travail hors de la musique pour survivre. Les engagements comme les séances de studio se font rares et à l'exception de deux disques confidentiels, il disparaît de la scène musicale.
            Cependant, l'excellence et l'originalité de son style de guitare lui valent une grosse réputation auprès des bluesfans du monde entier et ses 78t et 45t sont réédités sur des labels spécialisés, amenant sa "redécouverte" à New York par des fans britanniques de la revue Juke Blues qui lui font à nouveau enregistrer quelques titres.
            Cela permet alors à Larry Dale d'effectuer quelques tournées européennes, salué - à son grand étonnement - comme une "légende vivante".
            Il décède le 19 mai 2010 dans son appartement newyorkais.
            Larry Dale/ Ennis Lowery ne doit pas être confondu avec le chanteur de Rockabilly, Larry Dale (Crying over you).
                                                                       Gérard HERZHAFT
(Cet article est une version remaniée ey complétée d'un précédent paru dans Blue Eye en 2013)

            Legendary guitarist Larry Dale was born Ennis Lowery in Hungerford, Texas (near Wharton) on 7 July 1923. He learned the guitar under the tutelage of local bluesmen and played sporadically in juke joints. But it is only when he went to New York City around 1949 that he became a professional musician. First influenced by B.B. King, Larry developed his own style of stinging, precise and vibrant guitar playing that earned him quickly a solid reputation. The famous bandleader Paul Williams (The hucklebuck) took him in his band and allowed him in late 1952 to wax his first record under his own name.
            Able to play in almost any style whether blues, pop or jazz, Larry became much in demand in clubs and moreover as a studio guitarist. His instantly recognizable playing contributed largely to the artistic success of numerous records (listen to the wonderful Operator blues by Bob Gaddy or Blues from the gutter, the masterpiece album by Champion Jack Dupree). He also managed to record some excellent titles under his name but he mostly stuck to an accompanist role and even toured Europe in 1959 with the Cootie Williams Orchestra. In 1960-61, under the wise guidance of the producer Henry Glover and in a Rock'n'roll mould, Larry Dale had his own modest hits with Let the doorbell ring and Drinkin' wine, the famous Sticks Mc Ghee's composition.
            Unfortunately, the following years were very hard for Larry and he had to take a day job for a living, recording only two 45s without any success.
            But thanks to some reissues of his own records on specialist British labels, he became a revered name among fans and young Europeans musicians like Brian Jones.
            He was not at all aware of that and thought his musical career was a past thing when in 1987 he was rediscovered by British blues fans that led him to record again some tracks, making the cover of the Juke Blues magazine. He then toured Europe, greeted as a living legend to his own delight.
            He died in his New York apartment on 19 may 2010. He's not to be confused with another Larry Dale, a white rockabilly singer.
                                                           Gérard HERZHAFT
(This post is a new revised and updated edition of a previous one that was in Blue Eye in 2013)

LARRY DALE/ Complete Recordings
Larry Dale, vcl, g; Paul Williams, a-sax; Noble Watts, t-sax; Jimmy Brown, tpt; Steve Cooper, bs; Belton Evans, dms. New York City, 1952
01. Shame Shame Shame
02. The woman I love is dying
Larry Dale, vcl/g; Mickey Baker, g; Sam Taylor, t-sax; Ernest "Pinky" Williams, b-sax; Al Williams, pno; Lloyd Trotman, bs; David "Panama" Francis, dms. New York City, 5 mai 1954
03. I'm tired
04. Where is my honey
05. Stranger blues
06. I Wish you knew
Larry Dale, vcl; Mickey Baker, g; Jack Dupree, pno; Leslie Johankins, t-sax; Sam Taylor, t-sax; Heywood Henry, t-sax; Lloyd Trotman, bs; Panama Francis, dms. New York City, 21 juin 1954
07. Heed my warning
08. You better heed my warning
09. Please tell me
10. Down to the bottom
11. Midnight hours
Larry Dale, vcl; Mickey Baker, g; Sam Taylor, t-sax; bs; dms. New York City, août 1955
12. Feelin' all right this morning
13. No tellin' what i'll do
Larry Dale, vcl/g; Mickey Baker, g; Sam Price, pno; King Curtis, t-sax; bs; dms. New York City, 1956
14. Larry's joint
Hoppin' and skippin'
Rock 'n' Roll Baby
Larry Dale, vcl/g; Leroy Lovett, pno; Cootie Williams, tpt; Rupert Cole, a-sax; George Clark, t-sax; Ed Frazier, bs; Lester Jenkins, dms. New York City, 29 mars 1957
15. Please give me your love to me
16. Rinky Dink
17. Block Rock
18. Rangoon
19. Percy Speaks
Larry Dale, vcl/g; Wini Brown, vcl; Leroy Lovett, pno; Cootie Williams, tpt; Rupert Cole, a-sax; George Clark, t-sax; Ed Frazier, bs; Lester Jenkins, dms. New York City 15 mai 1957
20. It's all in your mind
21. It hurts me
22. Boomerang
Larry Dale, vcl/g; Cootie Williams, tpt; George Clark, t-sax; Arnold Jarvis, og; bs: Lester Jenkins, dms. Paris, Fr. 11 février 1959
23. Three o'clock in the morning
Larry Dale, vcl/g; Chris Henderson, t-sax; Bob Gaddy, pno; Jimmy Spruill, g; June Page, bs; Gene Brooks, dms. New York City, janvier 1960
24. Big muddy
25. What your love means to me
Larry Dale, vcl/g; Brownie Mc Ghee, g; Bob Gaddy, pno; Al Hall, bs; Gene Brooks, dms. New York City, mars 1960
26. Let the doorbell ring
27. Let your love run to me
Larry Dale, vcl/g; Matt Gray, t-sax; Bob Gaddy, pno; Everett Barksdale, bs; Willie Jones, dms. New York City, novembre 1961
28. Drinkin' wine spo-dee-o-dee
29. Keep getting up
Larry Dale, vcl/g; band. New York City, 1969
30. The things I used to do
31. Rock a while
Larry Dale, vcl/g; band. New York City, 1976
32. Buffalo Bill
33. Poison ivy
Larry Dale, vcl/g; Jimmy Spruill, g/vcl; Bob Gaddy, kbds; band. New York City, 1987
34. New York City blues
35. I got a brand new mojo
36. Penny pincher
37. Big Muddy
38. Don't drink and drive
39. It's all in your mind
40. Worried and lonesome


mardi 9 octobre 2018

RAP LE BLUES et NOUVELLES EN BLUES

RAP LE BLUES et NOUVELLES EN BLUES


 J'ai réédité récemment - et pour satisfaire de nombreuses demandes - mon roman de 1986 UN LONG BLUES EN LA MINEUR. Mais, pour cette nouvelle édition, j'y ai ajouté plusieurs nouvelles sur le blues que j'ai écrites au cours des années mais qui n'avaient jamais paru en format papier.
Voici un extrait d'une de ces nouvelles intitulées RAP LE BLUES
UN LONG BLUES EN LA MINEUR + NOUVELLES EN BLUES est en vente uniquement sur Amazon.
Ou bien, si vous le désirez dédicacé, contactez moi sur mon mail que vous trouverez sur mon site

RAP LE BLUES
 - I -
         - Cool man, cool! Il n'est que quatre heures. Ne commence pas déjà à t'énerver...
        Mais tous les efforts que fait Dick, le manager, pour calmer Razor Edge sont vains. Comme souvent lorsque les choses ne se déroulent pas telles qu'il le souhaiterait, le rappeur ne maîtrise pas sa colère.
        - Hey man! Tu crois ça? Dis, tu crois ça?... On accepte de venir jouer jusque dans ce trou perdu du Mississippi pour la moitié de notre cachet et voilà qu'y a rien de prêt. La sono est dégueulasse, les techniciens ne sont même pas là. Et tous ces péquenots qui sont en train de nous mater alors que je dis toujours que je veux personne, personne aux balances! C'est encore de ta faute, Dick, tu t'es laissé prendre aux bobards de ces culs-terreux. "Ah! Mr Razor Edge, une superstar du rap comme vous, ce serait tellement formidable que vous jouiez dans notre festival". C'est tout juste si le maire y me donnait pas du "frère", genre "On est tous deux des Africains-américains, Mr Razor Edge... Alors, une grande vedette comme vous, vous ferez bien un prix pour être applaudi par vos ancêtres du Sud...". J'lui ai dit: "Pour toutes les questions de fric, voyez mon manager". J'aurais mieux fait de l'envoyer balader ce jour-là...
        D'un grand geste de la main, il désigne la banderole qui surplombe la scène:
        - "Des work songs au rap: Mississippi, la terre mère des musiques américaines ". Tu parles si je m'en tape du Mississippi. Tout ce que je vois c'est qu'on va gagner de l'argent sur notre dos, sur mon dos. Et ça, Dick, c'est encore à cause de toi et de ton bon cœur. Et, crois-moi, j'en ai marre! Mon cœur à moi, il est d'abord dans mon portefeuille. Et pas ailleurs!
        Dick force alors le rappeur à s'asseoir.
        - Allons, relaxe! Pose-toi. Sers toi à boire dans la glacière, profite du beau temps. Je vais aller aux nouvelles, tenter d'arranger ça.
        Il fait signe aux musiciens de l'orchestre de s'asseoir aussi et d'attendre son retour.
        Razor Edge trépigne, continue à jurer un moment, se tourne vers le public, un petit groupe de jeunes qui est venu souvent de villages très éloignés, voir enfin leur idole durant les réglages techniques. Qui sait? Quelqu'un d'aussi proche des préoccupations des jeunes que le célèbre rappeur se mêlera peut-être à eux, leur signera leurs T-shirts, écoutera leurs problèmes, saura les conseiller? Comme il le fait si bien dans ses chansons.
        Mais Razor Edge, furieux, leur fait de grands gestes afin qu'ils partent. Il n'aime pas qu'on le regarde en dehors des concerts. Ses fans se méprennent, croient qu'il salue leur fidélité, l'applaudissent. De rage, il leur fait un bras d'honneur. Eux répondent par une ovation. Finalement, ce sont ses musiciens qui forcent la vedette à se calmer.
        Le temps passe. Toujours pas de techniciens. En ce début juillet, la chaleur du Sud est accablante. Le rappeur a cessé de s'énerver. Il boit une bière en lançant de temps à autre un regard mauvais alentour. Nick, le batteur, un grand gaillard aux gigantesques mains, rompt le silence, désigne une silhouette qui, large chapeau sur la tête, un étui de guitare à la main, entreprend de traverser le vaste champ où ce soir doit avoir lieu le concert.
        - Tiens, man. Voila quelqu'un. On va peut-être commencer la balance.
        Mais l'homme qui arrive n'a rien d'un technicien du son. Un vieux bonhomme, peau jaune-noire parcheminée par le temps, des rides partout, quelques graines de coton qui sortent de son chapeau. Il s'arrête à deux pas des jeunes gens. Ses yeux sont cachés par d'épaisses lunettes noires. Les rappeurs le regardent un long moment, attendent qu'il parle le premier. Mais l'autre ne dit rien. Il a posé son étui de guitare, une caisse de toile aussi usée par les intempéries que son propriétaire. Finalement, Nick fait un signe de tête:
        - Salut, l'ancêtre! Qu'est-ce que tu veux?
        L'autre esquisse un sourire, dévoile une bouche édentée, crache sur l'herbe un bout de chique.
        - Howdy, youngsters! Vous auriez pas un bout de siège pour moi? J'suis venu de chez moi à pied et, avec cette chaleur, je me sens un peu fatigué.
        Interloqués, les rappeurs se regardent. Razor Edge désigne un fauteuil de toile qui attend d'être déplié. Mais le bonhomme ne comprend pas l'invitation, crache à nouveau sa chique. Sans trop savoir pourquoi, Nick se lève, déplie la toile, installe le fauteuil à côté d'eux, prend le vieux par la main et l'asseoit.
        - Merci, merci... Ça fait du bien à mes vieux os!
        Le batteur, un sourire aux lèvres, prend dans la glacière une bière qu'il tend au bonhomme.
        - Soif, l'ancien?
        L'homme tourne ses lunettes fumées vers Nick, hoche la tête, l'air de dire: "Oui, oui, j'ai soif. Merci. C'est très gentil". Mais il laisse le jeune homme avec sa bière, émet un petit grognement, fouille dans sa botte droite, un cuir aussi usé que tout le reste. Comme il se penche pour chercher, ses os se mettent à grincer d'une façon qui fait rire les rappeurs. Enfin, il sort une fiole de sa botte, l'ouvre, la tend vers les autres, comme pour trinquer avec eux.
        - C'est ça que je bois quand y fait chaud! Et quand y fait froid aussi d'ailleurs! Y a rien de mieux pour se remettre en selle. C'est de ma fabrication!
        Il porte la petite bouteille à ses lèvres, descend le liquide pendant un bon moment. Enfin, il la détache de sa bouche, fait claquer sa langue l'air ravi.
        - Vous en voulez?
        - Qu'est-ce que c'est?
        - Du moonshine, petits! Le meilleur moonshine du Mississippi! Vous savez... l'alcool qu'on fabrique au clair de lune en contrebande.
        Il éclate d'un rire aigrelet, tend sa fiole aux jeunes gens, approche son visage de ceux de Nick et de Razor Edge. Comme ça, de près, avec ses milliers de petits trous partout, on dirait la surface de la lune. Son haleine empeste l'alcool.
        - C'est pas pour rien qu'on m'appelle "Moonshine Sam".
        Razor Edge pensait se débarrasser assez vite de cet importun, lui faire comprendre qu'on ne devait pas les déranger avant, pendant et même après la balance. Mais, sans savoir pourquoi, quelque chose le fascine chez ce vieux bonhomme. Il prend la fiole, la porte à ses lèvres:
        - Merci, Moonshine Sam. Et qu'est-ce que tu viens faire ici?
        - Mais... je joue ce soir. Avant vous!
        Il tend le bras vers la banderole:
        - "Toutes les musiques du Mississippi". Comme je joue mon blues depuis soixante dix ans, on m'a engagé pour faire votre première partie! "Du blues au rap" a dit Monsieur le Maire. Hier, c'était un groupe de gospel avant B.B. King!
        En d'autres circonstances, Razor Edge se serait étranglé d'indignation. Mais là, c'est le moonshine du vieux qui le fait cracher, tousser, monter les larmes aux yeux.
        Il rend la fiole à Sam:
        - Qu'est-ce qu'il y a là-dedans? C'est du feu! Et tu bois ça?
UN LONG BLUES EN LA MINEUR

        - De l'eau de feu! C'est mon grand-père, un Cherokee pur sang qui m'a montré comment on en fabrique. Et je bois ça depuis un bon moment, mon gars! Depuis un bon moment! J'suis d'ailleurs sûr que c'est grâce à mon moonshine que je suis encore de ce monde. Jamais malade le vieux Sam!

        Razor Edge avale le verre d'eau que lui a donné Nick. Le vieux devrait l'énerver, le mettre hors de lui. D'habitude, il aurait déjà appelé le service de sécurité pour faire dégager l'importun. Mais là, est-ce l'atmosphère du Mississippi? L'attitude inhabituelle du bonhomme? Il a plutôt envie de lui poser cent questions.


This novel (without the short stories!) is also still in print translated in English:
LONG BLUES IN A MINOR

vendredi 5 octobre 2018

JAMO THOMAS: CHICAGO SOUL BLUES PIONEER (New Links)


JAMO THOMAS/ CHICAGO SOUL BLUES PIONEER
(New Links)




          Comme Jesse Anderson, Jamo Thomas a, durant les années 1960, été un des premiers à pratiquer à Chicago une forme de musique que l'on appelle aujourd'hui Soul blues et son chant tendu, puissant, à la limite de l'angoisse en fait un artiste de premier plan.
Jamo a connu une brève heure de gloire avec un seul succès (I spy for the FBI), apparaissant dans le programme TV de R&B de Hoss Allen et signant alors sur plusieurs labels bien distribués comme Chess puis Sound Stage Seven. Comme Jesse Anderson, Jamo, trop blues pour les musiques noires des années 1970-80 et trop Soul pour les amateurs du blues revival, a rapidement disparu de la scène et il est aujourd'hui largement oublié à l'exception d'un petit groupe de fans de Deep Soul.
            En fait, on ne sait pas grand-chose de ce chanteur, à ma connaissance aucun article ne lui ayant été consacré dans aucune revue spécialisée!
            Jamo serait né le 17 janvier 1928, à Nassau aux Bahamas comme sans doute il l'a affirmé et que cela a été repris dans les quelques lignes qui lui sont consacrées ici et là. Mais d'autres sources donnent Chicago comme son véritable lieu de naissance, la référence aux Caraïbes étant souvent citée par certains chanteurs Noirs pour apparaître plus "exotiques" et "latins" et ainsi vendre davantage!
            Jamo Thomas apparaît pour la première fois sur disque (six 45t) à la fin des années 1950 en tant que joueur de congas et percussionniste du Bobby Peterson Quintet, un orchestre de R&B basé à Philadelphie.
            Jamo Thomas est au début des années 1960 chauffeur, valet et homme à tout faire du célèbre chanteur de R&B de Chicago Jerry Butler. C'est grâce à Butler que Jamo va enregistrer sous son nom en 1965 pour le petit label Conlo (Stop the baby/ Let's party), accompagné des Party Brothers. L'année suivante, Jamo reprend I spy (for the FBI) (créé par Luther Ingram quelques mois auparavant) pour le label de Eddie Thomas, Thomas (!) et, avec une bonne promotion, le titre entre dans le Top 40 R&B puis dans le Top 100 de Billboard avant de "cartonner" en Grande Bretagne. Cette superbe séance est produite par le pianiste et arrangeur Monk Higgins, avec très probablement la guitare immanquable de Freddie Robinson, l'acolyte habituel de Monk.
            La carrière de Jamo semble alors lancée. Il signe sur Chess qui enregistre sa séance la plus blues, avec encore Freddie Robinson à la guitare et à l'harmonica. Mais le magnifique Must I holler/ I'll be your fool ne va malheureusement nulle part.

            John Richbourg, à l'époque très actif dans la Soul naissante, frappé par le chant tendu aux accents angoissés qu'exprime si bien Jamo Thomas, le contacte et lui fait enregistrer à Nashville une séance pour son label Sound Stage 7. Accompagné à nouveau par les Party Brothers, Jamo – sans doute sur les conseils de Richbourg – cultive à fond son image de chanteur des Bahamas et grave plusieurs 45t dans cette veine (Bahama Mama/ Nassau Daddy) qui semblent avoir eu un petit succès en Floride et aux Antilles.
            Mais les ventes ne doivent guère être à la hauteur des attentes de Richbourg puisqu'il ne renouvelle pas son contrat avec Jamo qui, en 1968-69, va enregistrer deux séances à Memphis dans une veine nettement plus ancrée dans la Soul Sudiste.
            Mais ces 45t ne vont nulle part et durant la décennie 1970 on n'entend plus parler de Thomas que sporadiquement, travaillant pour différents studios de Memphis comme arrangeur, se tournant de plus en plus semble-t-il vers le Gospel. Son dernier enregistrement connu est juste son "cri d'angoisse" sur Scream du groupe Graham Central Station.
            On ne sait pas ce qu'il est devenu ensuite. Il est probablement décédé aujourd'hui mais il n'a guère été possible d'établir avec certitude une date ni un lieu.
            Merci beaucoup à Gérard Cerdan, Mr Mightygroove, et son excellent site pour son aide dans la rédaction de cet article.
                                                                       Gérard HERZHAFT

            Like Jesse Anderson, Jamo Thomas has been a pioneer of the Chicago Soul blues, recording a handful of first rate singles with his characteristic striking and powerful vocals. He has enjoyed briefly some commercial success, even making an appearance on the Hoss Allen's Nashville R&B TV show. Unfortunately, Jamo has during the 70's disappeared from the music scene and he is today largely an unknown artist outside a small coterie of Deep Soul fans.
            Born on January, 17th, 1928, maybe in Nassau (Bahamas) or – as several sources say - in Chicago (Ill), Jamo appears for the first time on records as a congas/percussion player with the Bobby Peterson Quintet, a R&B band from Philadelphia. During the early 60's, Jamo Thomas is working in Chicago as the valet of R&B singer Jerry Butler. Thanks to Butler, Jamo can makes his first record in 1965 for the small Conlo label (Stop the baby/ Let's party) backed by the Party Brothers. The next year, he makes a cover version of a song recorded by Luther Ingram a few months before, I spy (for the FBI) for the Thomas label (owned by Eddie Thomas). With an anguish vocal by Jamo and arrangements by Monk Higgins (and probably with the unmistakable guitar of Freddie Robinson), the 45 is not only a wonderful record but a hit, climbing on the R&B Top 40, the Billboard Top 100 and later on a big hit also in Great Britain.
            This is with great expectations that Chess then records Jamo the next year, once again on a session carefully produced by Higgins with Freddie Robinson playing guitar and harmonica. Today a classic the single Must I holler/ I'll be your fool, unfortunately doesn't go nowhere when issued in 1967.


            Nevertheless, the vocal abilities of Jamo brings the attention of the very active Nashville producer John Richbourg who gathers again Thomas and the Party Brothers in the studios for a good session in which the image of Jamo as a Caribbean singer is largely put forward. Bahama Mama and Nassau Daddy seem to have enjoyed some success in Florida and the West Indies.
            But once again the sales are not what Richbourg expected and, after two last sessions in Memphis more in the Southern Soul vein, Jamo won't record anymore, with the exception of a single "scream" in Graham Central Station's "Scream"!
            It seems that our man has been working during the 70's for several Memphis studios, maybe turning into Gospel. But he has completely vanished after that. He is now probably dead but where and when remains an open issue.
            Thank you very much to Gérard Cerdan (Mr Mightygroove) and his excellent blog for his help.
                                                                       Gérard HERZHAFT



Jamo Thomas, vcl/congas; The Party Brothers: Timothy O. Hiks, g; Norman Johnson, tpt; Giles Rozie, b-sax; George Bishop, bs; Earnes Sylvester Jones, dms. Chicago, Ill. 1965
01. Stop the baby
02. Let's party
Jamo Thomas, vcl; prob. Freddie Robinson, g; Monk Higgins, pno; band. Chicago, Ill. 1966
03. Snake hip mama
04. I spy for the FBI
05. Arrest me
06. Jamo's soul
Jamo Thomas, vcl; prob. Freddie Robinson, g/hca; Monk Higgins, pno; band. Chicago, Ill. mars 1967
07. Must I holler?
08. Must I holler n°2
09. I'll be your fool
Jamo Thomas, vcl/congas; band. Nashville, Tn. 1967
10. Jive mother in law
11. Bahamas Mama
12. Nassau daddy
Jamo Thomas, vcl; band. Nashville, Tn. 1968
13. Education is where it's at I & II
Jamo Thomas, vcl; band. Memphis, Tn. 1969
14. Shake what you brought with you I & II
15. You ain't just ready I & II