BOBO JENKINS/ Complete Recordings
Même si sa
discographie est limitée, Bobo Jenkins a été un des principaux bluesmen de
Detroit, à la fois par sa constante présence dans les clubs, son entregent et
sa capacité à rassembler autour de lui presque tout ce que la ville comprenait
de bluesmen "profonds. Durant les années 1970-80, il a été aussi un des
principaux acteurs de la survie du Detroit blues, réussissant à faire organiser
des festivals, impliquant de plus en plus de personnes et de pouvoirs publics
dans ce qu'il vivait comme une mission.
John Pickens Jenkins naît à Forkland
dans l'Alabama le 7 janvier 1916 d'un couple de métayers. Son père meurt dans
un accident avant son premier anniversaire et la vie sera très dure pour le
jeune garçon: peu d'école, les travaux des champs permanents dès l'âge de huit
ans, un oncle terriblement sévère qui vit avec sa veuve de soeur (la mère de
Bobo) et qui bat constamment l'enfant.
A onze ans, Bobo s'enfuit de la
maison maternelle, arrive à Memphis et devient le garçon à tout faire de la
pension de famille de Emma Miller, un établissement qui héberge les nombreux
Noirs de passage dans la grande cité du coton. Puis il travaille dans une
maison close où des orchestres animent les soirées chaudes. C'est là que Bobo s'initie vraiment
au blues!
Après de nombreuses
pérégrinations et autant de boulots différents, Bobo est incorporé en septembre
1944, découvre le monde extérieur au Sud Profond et décide qu'il n'y retournera
plus. Il s'installe à Detroit, devient un mécanicien auto accompli, se fait
embaucher chez Chrysler où il restera 26 ans.
Il fréquente aussi les clubs de
Hastings Street où se développe un blues spécifique à la ville de Detroit,
rencontre et se lie d'amitié avec John Lee Hooker, Eddie Kirkland, Eddie Burns,
Joe Von Battle (le principal producteur du Detroit blues). Passionné par cette
musique, Bobo s'achète une guitare et commence à son tour à se produire sur
scène.
Ecœuré par la défaite des Démocrates
dont il est (comme beaucoup de Noirs) un fervent partisan, tandis qu'il
travaille sur sa chaîne d'assemblage, il compose son premier blues, un texte
remarquable Democrat blues:
"
The Democrats put you on your feets and
you had the nerve to vote'em out"
Il chante son morceau
en public et obtient un gros succès. Cela l'encourage à composer d'autres blues
très personnels, ce qui sera une de ses grandes caractéristiques. Avec l'aide
de John Lee Hooker, Bobo passe une audition à Chicago chez Chess en 1954. Phil
Chess est enthousiasmé par Democrat blues,
lui demande un autre blues du même genre. Dans le studio, Bobo compose en
quelques minutes Bad luck and trouble.
Avec en outre un petit orchestre venu avec John Lee de Detroit (en particulier
l'excellent harmoniciste Robert Richard), Bobo Jenkins signe ses débuts
discographiques de bien belle manière. Democrat
blues/ Bad luck and trouble connaît un certain succès commercial à Chicago
et Detroit et deviendra un grand classique du blues des années 50.
Cela permet à Bobo et son orchestre
de se produire à Detroit mais aussi dans toutes les villes industrielles de la
région. Il est même à l'affiche de plusieurs tournées nationales avec Illinois
Jacquet, Jimmy Reed, Mahalia Jackson, Lionel Hampton, Louis Jordan. Mais, avec
une famille nombreuse, Bobo préfère la sécurité d'un bon salaire chez Chrysler
que les risques d'une vie de musicien. Il joue alors essentiellement à Detroit
et ouvre un petit club attenant à sa maison où apparaîtront tous les bluesmen
de la ville (Baby Boy Warren, Little Sonny etc...) et de nombreux artistes de
passage comme Sonny Boy Williamson (Rice Miller). Mais du coup, il enregistre
seulement sporadiquement et pour des labels de Detroit comme Fortune, des
titres là aussi souvent remarquables avec de nouvelles compositions (Ten below
zero) mais aussi d'excellentes versions de Sweet
home Chicago (Baby don't you want to
go) ou Decoration day.

Dans les années 1960, Bobo construit
lui-même et de bric et de broc (avec des cartons récupérés dans les
supermarchés) son propre studio qu'il appelle Big Star et commence à
s'enregistrer lui-même ainsi que nombre de bluesmen de la ville dont certains
n'avaient jamais pu graver de disques et tente de leur trouver des engagements
dans une scène musicale de Detroit désormais dominée par la Soul de Motown.
Mais bientôt certains journalistes
et amateurs de blues comme Sheldon Annis et Fred Reif se joignent à lui dans
cette campagne de promotion du blues. En août 1970, ils convainquent la ville
de créer le Detroit Blues Festival qui présente tous ceux qui font le blues de
Detroit, un évènement couvert par la presse et les télévisions et largement
commenté dans les colonnes de Living blues.
Bobo qui jouit désormais d'une
confortable retraite de Chrysler, se consacre totalement à sa musique et à la
cause du blues: Saginaw blues festival, Belle Isle Festival, Ann Arbor Blues
& Jazz Festival... Il devient même membre officiel du Comité Culturel de la
ville de Detroit.
Parallèlement, Bobo continue à
enregistrer pour Big Star, notamment trois albums personnels où il démontre sa
capacité à composer des textes souvent autobiographiques, remarquables de
vérité. Ces disques souffrent malheureusement des médiocres techniques
d'enregistrement du studio de Bobo. Ils n'en demeurent pas moins d'excellents
moments de down home blues.
Avec l'aide de Fred Reif, Bobo
réussit à jouer son blues dans des lieux de plus en plus prestigieux comme le
Smithsonian Institute en 1976. En 1982, il est de la tournée européenne de
l'American Living Blues Festival mais, malade, il ne peut assurer qu'un seul concert
et doit être rapatrié d'urgence à Detroit.
C'est là qu'il décède le 14 août
1984, laissant une œuvre non négligeable dont nous proposons ici l'intégralité.
Gérard
HERZHAFT
Although not very well
known, Bobo Jenkins has been a mainstay and a driving force of the Detroit blues scene that
he has largely contributed to elaborate and establish.
John Pickens Jenkins
was born in Forkland, Al. on January 7, 1916 from a family of poor sharecroppers.
After his father's death while he was still a baby, Bobo has to work very early
in the fields. A very brutal and insensitive uncle (his mother's brother) takes
charge of the kid with more kicks and punches than food and education. When he
is eleven, Bobo runs away to Memphis
where he makes a living as an odd-job boy in several places including a brothel
where he hears for the first time the blues. After a stint in the army during
the war, Bobo relocates himself in Detroit
and finds a secure job at Chrysler's assembly line where he will stay 26 years.
He is also a faithful
patron of the Hastings Street
clubs, taking pictures and becoming friend with uprising bluesmen like John Lee
Hooker, Eddie Kirkland or Eddie Burns. More and more enthralled with the music,
Bobo buys a guitar, take some blues lessons with his friends and starts to play
some numbers in the clubs.
While in his assembly
line, Bobo composes Democrat blues,
his first number that boasts his distrust of the winning Republicans at the
1952 Presidential contest.
" The Democrats
put you on your feets and you had the nerve to vote'em out"
Impressed by this blues
(that he will include later in his songbook), John Lee Hooker brings Bobo and
an array of Detroit blues musicians in Chicago in 1954. A quite enthusiastic
Phil Chess hurries Bobo and his band (with the excellent harp player Robert
Richard) in the studio to record Democrat
blues and the flip (written in a few minutes for the occasion by Bobo) Bad luck and trouble. This single is a
small hit in Chicago and Detroit and will become an all-time blues
classic among blues buffs all over the world.
For some time, Bobo
enjoys some fame, is featured in tour packages alongside such luminaries as Illinois Jacquet, Jimmy
Reed, Mahalia Jackson, Lionel Hampton, Louis Jordan. But with a large family,
Bobo chooses instead of a professional musician's life the security of a steady
job. He thus mostly plays in Detroit and even
runs a small club where he features most of the local bluesmen, including Sonny
Boy Williamson (Rice Miller) who stayed in Detroit for awhile. But his recordings are
then quite sparse and mostly for local labels like Fortune with a poor distribution
outside his hometown. Anyway those records are first rate, alternating personal
self-penned blues (Ten below zero) with
striking versions of blues standards like Baby
don't you want to go.
During the 60's, the
ever creative Bobo Jenkins, builds his own studio and starts to record himself
as well as most of the local bluesmen. At the end of the decade dominated by
Motown, Bobo's label Big Star is almost the only one issuing blues records in Detroit!
With the help of some
blues fans like the writer Sheldon Annis and Fred Reif, they persuade the city
of Detroit to launch in August 1970
a Detroit Blues Festival that features all the local
bluesmen, an event largely covered by the local medias as well as the Living
Blues Magazine.
When retired from
Chrysler, Bobo devotes himself full time to the blues. He is in and off stage
of the Saginaw blues festival, Belle Isle Festival,
Ann Arbor Jazz & Blues festival and even
becomes a member of Detroit
City's Culture Board...
He also continues to record for his Big Star label, particularly three albums
which are today sought-after items in which he further demonstrates his uncanny
ability to compose striking autobiographic blues. Unfortunately, those LP's are
a little bit marred by poor and muffled sound.
With Fred Reif's help,
Bobo is also able to play in some prestigious venues like the Smithsonian
Institute in 1976. In
1982, Bobo is part of the American Blues Legends' European tour but, very ill,
he can't play but one gig and has to come back home in a hurry.
He dies in Detroit on August, 14,
1984 leaving an array of quite good records that we have gathered entirely
here.
Gérard HERZHAFT