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vendredi 26 octobre 2018

LARRY DALE: Blues Guitar Masters Volume 7



LARRY DALE: BLUES GUITAR MASTERS Vol. 7

           
A l'instar de Lafayette Thomas ou de Jimmy Spruill, Larry Dale est un de ces très grands guitaristes de blues qui, malgré qu'il ait contribué à la réussite d'innombrables disques d'autres artistes, n'a que peu enregistré sous son nom et demeure surtout connu (et très apprécié) des fans.
            Né Ennis Lowery à Hungerford au Texas, une petite bourgade près de Wharton, le 7 juillet 1923 il a commencé très jeune à jouer de la guitare sous l'influence de bluesmen locaux, se produisant ici et là dans des juke joints. Mais ce n'est qu'après avoir gagné New York en 1949 qu'il commence vraiment une carrière professionnelle, largement influencé au départ par B.B. King. C'est apparemment à ce moment-là et pour une raison inconnue qu'Ennis Lowery prend le sobriquet de Larry Dale. Il joue régulièrement avec le pianiste Bob Gaddy et son style de guitare précis, cinglant, vibrant et plein de feeling attire l'attention de nombreux musiciens. C'est le célèbre saxophoniste à succès Paul Williams (The hucklebuck) qui l'engage dans son orchestre et lui permet en 1952 d'effectuer ses premiers enregistrements en tant que chanteur.
            Versatile, très professionnel, capable de s'adapter à la plupart des styles de musique, Larry va s'imposer comme un des principaux guitaristes de studio de New York. Il se trouve ainsi derrière quantité d'artistes de blues, de R&B, de jazz et même de Pop. Ses solos de guitare mémorables sur Operator de Bob Gaddy ou dans l'album Blues from the gutter de Champion Jack Dupre sont devenus légendaires et ont influencé quantité de guitaristes jusqu'à Brian Jones.
            Sous son nom, il grave encore quelques titres en compagnie de Mickey Baker, Sam "The Man" Taylor et participe en 1957-59 à l'orchestre de Cootie Williams dont il est le chanteur de blues et avec lequel il enregistre encore plusieurs morceaux et effectue une tournée en Europe, gravant avec son leader un album de jazz en France dans lequel il interprète une superbe version de Three o'clock in the morning.
            En 1960, Larry réussit enfin, grâce à la production avisée de Henry Glover, a obtenir un modeste succès commercial avec Let's the doorbell ring qui frise le Rock'n'roll, une manière qu'il va perpétuer l'année suivante dans une belle version de Drinkin' wine de Sticks Mc Ghee.
            Mais les années 1960-70 sont très dures pour Larry Dale qui doit reprendre un travail hors de la musique pour survivre. Les engagements comme les séances de studio se font rares et à l'exception de deux disques confidentiels, il disparaît de la scène musicale.
            Cependant, l'excellence et l'originalité de son style de guitare lui valent une grosse réputation auprès des bluesfans du monde entier et ses 78t et 45t sont réédités sur des labels spécialisés, amenant sa "redécouverte" à New York par des fans britanniques de la revue Juke Blues qui lui font à nouveau enregistrer quelques titres.
            Cela permet alors à Larry Dale d'effectuer quelques tournées européennes, salué - à son grand étonnement - comme une "légende vivante".
            Il décède le 19 mai 2010 dans son appartement newyorkais.
            Larry Dale/ Ennis Lowery ne doit pas être confondu avec le chanteur de Rockabilly, Larry Dale (Crying over you).
                                                                       Gérard HERZHAFT
(Cet article est une version remaniée ey complétée d'un précédent paru dans Blue Eye en 2013)

            Legendary guitarist Larry Dale was born Ennis Lowery in Hungerford, Texas (near Wharton) on 7 July 1923. He learned the guitar under the tutelage of local bluesmen and played sporadically in juke joints. But it is only when he went to New York City around 1949 that he became a professional musician. First influenced by B.B. King, Larry developed his own style of stinging, precise and vibrant guitar playing that earned him quickly a solid reputation. The famous bandleader Paul Williams (The hucklebuck) took him in his band and allowed him in late 1952 to wax his first record under his own name.
            Able to play in almost any style whether blues, pop or jazz, Larry became much in demand in clubs and moreover as a studio guitarist. His instantly recognizable playing contributed largely to the artistic success of numerous records (listen to the wonderful Operator blues by Bob Gaddy or Blues from the gutter, the masterpiece album by Champion Jack Dupree). He also managed to record some excellent titles under his name but he mostly stuck to an accompanist role and even toured Europe in 1959 with the Cootie Williams Orchestra. In 1960-61, under the wise guidance of the producer Henry Glover and in a Rock'n'roll mould, Larry Dale had his own modest hits with Let the doorbell ring and Drinkin' wine, the famous Sticks Mc Ghee's composition.
            Unfortunately, the following years were very hard for Larry and he had to take a day job for a living, recording only two 45s without any success.
            But thanks to some reissues of his own records on specialist British labels, he became a revered name among fans and young Europeans musicians like Brian Jones.
            He was not at all aware of that and thought his musical career was a past thing when in 1987 he was rediscovered by British blues fans that led him to record again some tracks, making the cover of the Juke Blues magazine. He then toured Europe, greeted as a living legend to his own delight.
            He died in his New York apartment on 19 may 2010. He's not to be confused with another Larry Dale, a white rockabilly singer.
                                                           Gérard HERZHAFT
(This post is a new revised and updated edition of a previous one that was in Blue Eye in 2013)

LARRY DALE/ Complete Recordings
Larry Dale, vcl, g; Paul Williams, a-sax; Noble Watts, t-sax; Jimmy Brown, tpt; Steve Cooper, bs; Belton Evans, dms. New York City, 1952
01. Shame Shame Shame
02. The woman I love is dying
Larry Dale, vcl/g; Mickey Baker, g; Sam Taylor, t-sax; Ernest "Pinky" Williams, b-sax; Al Williams, pno; Lloyd Trotman, bs; David "Panama" Francis, dms. New York City, 5 mai 1954
03. I'm tired
04. Where is my honey
05. Stranger blues
06. I Wish you knew
Larry Dale, vcl; Mickey Baker, g; Jack Dupree, pno; Leslie Johankins, t-sax; Sam Taylor, t-sax; Heywood Henry, t-sax; Lloyd Trotman, bs; Panama Francis, dms. New York City, 21 juin 1954
07. Heed my warning
08. You better heed my warning
09. Please tell me
10. Down to the bottom
11. Midnight hours
Larry Dale, vcl; Mickey Baker, g; Sam Taylor, t-sax; bs; dms. New York City, août 1955
12. Feelin' all right this morning
13. No tellin' what i'll do
Larry Dale, vcl/g; Mickey Baker, g; Sam Price, pno; King Curtis, t-sax; bs; dms. New York City, 1956
14. Larry's joint
Hoppin' and skippin'
Rock 'n' Roll Baby
Larry Dale, vcl/g; Leroy Lovett, pno; Cootie Williams, tpt; Rupert Cole, a-sax; George Clark, t-sax; Ed Frazier, bs; Lester Jenkins, dms. New York City, 29 mars 1957
15. Please give me your love to me
16. Rinky Dink
17. Block Rock
18. Rangoon
19. Percy Speaks
Larry Dale, vcl/g; Wini Brown, vcl; Leroy Lovett, pno; Cootie Williams, tpt; Rupert Cole, a-sax; George Clark, t-sax; Ed Frazier, bs; Lester Jenkins, dms. New York City 15 mai 1957
20. It's all in your mind
21. It hurts me
22. Boomerang
Larry Dale, vcl/g; Cootie Williams, tpt; George Clark, t-sax; Arnold Jarvis, og; bs: Lester Jenkins, dms. Paris, Fr. 11 février 1959
23. Three o'clock in the morning
Larry Dale, vcl/g; Chris Henderson, t-sax; Bob Gaddy, pno; Jimmy Spruill, g; June Page, bs; Gene Brooks, dms. New York City, janvier 1960
24. Big muddy
25. What your love means to me
Larry Dale, vcl/g; Brownie Mc Ghee, g; Bob Gaddy, pno; Al Hall, bs; Gene Brooks, dms. New York City, mars 1960
26. Let the doorbell ring
27. Let your love run to me
Larry Dale, vcl/g; Matt Gray, t-sax; Bob Gaddy, pno; Everett Barksdale, bs; Willie Jones, dms. New York City, novembre 1961
28. Drinkin' wine spo-dee-o-dee
29. Keep getting up
Larry Dale, vcl/g; band. New York City, 1969
30. The things I used to do
31. Rock a while
Larry Dale, vcl/g; band. New York City, 1976
32. Buffalo Bill
33. Poison ivy
Larry Dale, vcl/g; Jimmy Spruill, g/vcl; Bob Gaddy, kbds; band. New York City, 1987
34. New York City blues
35. I got a brand new mojo
36. Penny pincher
37. Big Muddy
38. Don't drink and drive
39. It's all in your mind
40. Worried and lonesome


mardi 9 octobre 2018

RAP LE BLUES et NOUVELLES EN BLUES

RAP LE BLUES et NOUVELLES EN BLUES


 J'ai réédité récemment - et pour satisfaire de nombreuses demandes - mon roman de 1986 UN LONG BLUES EN LA MINEUR. Mais, pour cette nouvelle édition, j'y ai ajouté plusieurs nouvelles sur le blues que j'ai écrites au cours des années mais qui n'avaient jamais paru en format papier.
Voici un extrait d'une de ces nouvelles intitulées RAP LE BLUES
UN LONG BLUES EN LA MINEUR + NOUVELLES EN BLUES est en vente uniquement sur Amazon.
Ou bien, si vous le désirez dédicacé, contactez moi sur mon mail que vous trouverez sur mon site

RAP LE BLUES
 - I -
         - Cool man, cool! Il n'est que quatre heures. Ne commence pas déjà à t'énerver...
        Mais tous les efforts que fait Dick, le manager, pour calmer Razor Edge sont vains. Comme souvent lorsque les choses ne se déroulent pas telles qu'il le souhaiterait, le rappeur ne maîtrise pas sa colère.
        - Hey man! Tu crois ça? Dis, tu crois ça?... On accepte de venir jouer jusque dans ce trou perdu du Mississippi pour la moitié de notre cachet et voilà qu'y a rien de prêt. La sono est dégueulasse, les techniciens ne sont même pas là. Et tous ces péquenots qui sont en train de nous mater alors que je dis toujours que je veux personne, personne aux balances! C'est encore de ta faute, Dick, tu t'es laissé prendre aux bobards de ces culs-terreux. "Ah! Mr Razor Edge, une superstar du rap comme vous, ce serait tellement formidable que vous jouiez dans notre festival". C'est tout juste si le maire y me donnait pas du "frère", genre "On est tous deux des Africains-américains, Mr Razor Edge... Alors, une grande vedette comme vous, vous ferez bien un prix pour être applaudi par vos ancêtres du Sud...". J'lui ai dit: "Pour toutes les questions de fric, voyez mon manager". J'aurais mieux fait de l'envoyer balader ce jour-là...
        D'un grand geste de la main, il désigne la banderole qui surplombe la scène:
        - "Des work songs au rap: Mississippi, la terre mère des musiques américaines ". Tu parles si je m'en tape du Mississippi. Tout ce que je vois c'est qu'on va gagner de l'argent sur notre dos, sur mon dos. Et ça, Dick, c'est encore à cause de toi et de ton bon cœur. Et, crois-moi, j'en ai marre! Mon cœur à moi, il est d'abord dans mon portefeuille. Et pas ailleurs!
        Dick force alors le rappeur à s'asseoir.
        - Allons, relaxe! Pose-toi. Sers toi à boire dans la glacière, profite du beau temps. Je vais aller aux nouvelles, tenter d'arranger ça.
        Il fait signe aux musiciens de l'orchestre de s'asseoir aussi et d'attendre son retour.
        Razor Edge trépigne, continue à jurer un moment, se tourne vers le public, un petit groupe de jeunes qui est venu souvent de villages très éloignés, voir enfin leur idole durant les réglages techniques. Qui sait? Quelqu'un d'aussi proche des préoccupations des jeunes que le célèbre rappeur se mêlera peut-être à eux, leur signera leurs T-shirts, écoutera leurs problèmes, saura les conseiller? Comme il le fait si bien dans ses chansons.
        Mais Razor Edge, furieux, leur fait de grands gestes afin qu'ils partent. Il n'aime pas qu'on le regarde en dehors des concerts. Ses fans se méprennent, croient qu'il salue leur fidélité, l'applaudissent. De rage, il leur fait un bras d'honneur. Eux répondent par une ovation. Finalement, ce sont ses musiciens qui forcent la vedette à se calmer.
        Le temps passe. Toujours pas de techniciens. En ce début juillet, la chaleur du Sud est accablante. Le rappeur a cessé de s'énerver. Il boit une bière en lançant de temps à autre un regard mauvais alentour. Nick, le batteur, un grand gaillard aux gigantesques mains, rompt le silence, désigne une silhouette qui, large chapeau sur la tête, un étui de guitare à la main, entreprend de traverser le vaste champ où ce soir doit avoir lieu le concert.
        - Tiens, man. Voila quelqu'un. On va peut-être commencer la balance.
        Mais l'homme qui arrive n'a rien d'un technicien du son. Un vieux bonhomme, peau jaune-noire parcheminée par le temps, des rides partout, quelques graines de coton qui sortent de son chapeau. Il s'arrête à deux pas des jeunes gens. Ses yeux sont cachés par d'épaisses lunettes noires. Les rappeurs le regardent un long moment, attendent qu'il parle le premier. Mais l'autre ne dit rien. Il a posé son étui de guitare, une caisse de toile aussi usée par les intempéries que son propriétaire. Finalement, Nick fait un signe de tête:
        - Salut, l'ancêtre! Qu'est-ce que tu veux?
        L'autre esquisse un sourire, dévoile une bouche édentée, crache sur l'herbe un bout de chique.
        - Howdy, youngsters! Vous auriez pas un bout de siège pour moi? J'suis venu de chez moi à pied et, avec cette chaleur, je me sens un peu fatigué.
        Interloqués, les rappeurs se regardent. Razor Edge désigne un fauteuil de toile qui attend d'être déplié. Mais le bonhomme ne comprend pas l'invitation, crache à nouveau sa chique. Sans trop savoir pourquoi, Nick se lève, déplie la toile, installe le fauteuil à côté d'eux, prend le vieux par la main et l'asseoit.
        - Merci, merci... Ça fait du bien à mes vieux os!
        Le batteur, un sourire aux lèvres, prend dans la glacière une bière qu'il tend au bonhomme.
        - Soif, l'ancien?
        L'homme tourne ses lunettes fumées vers Nick, hoche la tête, l'air de dire: "Oui, oui, j'ai soif. Merci. C'est très gentil". Mais il laisse le jeune homme avec sa bière, émet un petit grognement, fouille dans sa botte droite, un cuir aussi usé que tout le reste. Comme il se penche pour chercher, ses os se mettent à grincer d'une façon qui fait rire les rappeurs. Enfin, il sort une fiole de sa botte, l'ouvre, la tend vers les autres, comme pour trinquer avec eux.
        - C'est ça que je bois quand y fait chaud! Et quand y fait froid aussi d'ailleurs! Y a rien de mieux pour se remettre en selle. C'est de ma fabrication!
        Il porte la petite bouteille à ses lèvres, descend le liquide pendant un bon moment. Enfin, il la détache de sa bouche, fait claquer sa langue l'air ravi.
        - Vous en voulez?
        - Qu'est-ce que c'est?
        - Du moonshine, petits! Le meilleur moonshine du Mississippi! Vous savez... l'alcool qu'on fabrique au clair de lune en contrebande.
        Il éclate d'un rire aigrelet, tend sa fiole aux jeunes gens, approche son visage de ceux de Nick et de Razor Edge. Comme ça, de près, avec ses milliers de petits trous partout, on dirait la surface de la lune. Son haleine empeste l'alcool.
        - C'est pas pour rien qu'on m'appelle "Moonshine Sam".
        Razor Edge pensait se débarrasser assez vite de cet importun, lui faire comprendre qu'on ne devait pas les déranger avant, pendant et même après la balance. Mais, sans savoir pourquoi, quelque chose le fascine chez ce vieux bonhomme. Il prend la fiole, la porte à ses lèvres:
        - Merci, Moonshine Sam. Et qu'est-ce que tu viens faire ici?
        - Mais... je joue ce soir. Avant vous!
        Il tend le bras vers la banderole:
        - "Toutes les musiques du Mississippi". Comme je joue mon blues depuis soixante dix ans, on m'a engagé pour faire votre première partie! "Du blues au rap" a dit Monsieur le Maire. Hier, c'était un groupe de gospel avant B.B. King!
        En d'autres circonstances, Razor Edge se serait étranglé d'indignation. Mais là, c'est le moonshine du vieux qui le fait cracher, tousser, monter les larmes aux yeux.
        Il rend la fiole à Sam:
        - Qu'est-ce qu'il y a là-dedans? C'est du feu! Et tu bois ça?
UN LONG BLUES EN LA MINEUR

        - De l'eau de feu! C'est mon grand-père, un Cherokee pur sang qui m'a montré comment on en fabrique. Et je bois ça depuis un bon moment, mon gars! Depuis un bon moment! J'suis d'ailleurs sûr que c'est grâce à mon moonshine que je suis encore de ce monde. Jamais malade le vieux Sam!

        Razor Edge avale le verre d'eau que lui a donné Nick. Le vieux devrait l'énerver, le mettre hors de lui. D'habitude, il aurait déjà appelé le service de sécurité pour faire dégager l'importun. Mais là, est-ce l'atmosphère du Mississippi? L'attitude inhabituelle du bonhomme? Il a plutôt envie de lui poser cent questions.


This novel (without the short stories!) is also still in print translated in English:
LONG BLUES IN A MINOR

vendredi 5 octobre 2018

JAMO THOMAS: CHICAGO SOUL BLUES PIONEER (New Links)


JAMO THOMAS/ CHICAGO SOUL BLUES PIONEER
(New Links)




          Comme Jesse Anderson, Jamo Thomas a, durant les années 1960, été un des premiers à pratiquer à Chicago une forme de musique que l'on appelle aujourd'hui Soul blues et son chant tendu, puissant, à la limite de l'angoisse en fait un artiste de premier plan.
Jamo a connu une brève heure de gloire avec un seul succès (I spy for the FBI), apparaissant dans le programme TV de R&B de Hoss Allen et signant alors sur plusieurs labels bien distribués comme Chess puis Sound Stage Seven. Comme Jesse Anderson, Jamo, trop blues pour les musiques noires des années 1970-80 et trop Soul pour les amateurs du blues revival, a rapidement disparu de la scène et il est aujourd'hui largement oublié à l'exception d'un petit groupe de fans de Deep Soul.
            En fait, on ne sait pas grand-chose de ce chanteur, à ma connaissance aucun article ne lui ayant été consacré dans aucune revue spécialisée!
            Jamo serait né le 17 janvier 1928, à Nassau aux Bahamas comme sans doute il l'a affirmé et que cela a été repris dans les quelques lignes qui lui sont consacrées ici et là. Mais d'autres sources donnent Chicago comme son véritable lieu de naissance, la référence aux Caraïbes étant souvent citée par certains chanteurs Noirs pour apparaître plus "exotiques" et "latins" et ainsi vendre davantage!
            Jamo Thomas apparaît pour la première fois sur disque (six 45t) à la fin des années 1950 en tant que joueur de congas et percussionniste du Bobby Peterson Quintet, un orchestre de R&B basé à Philadelphie.
            Jamo Thomas est au début des années 1960 chauffeur, valet et homme à tout faire du célèbre chanteur de R&B de Chicago Jerry Butler. C'est grâce à Butler que Jamo va enregistrer sous son nom en 1965 pour le petit label Conlo (Stop the baby/ Let's party), accompagné des Party Brothers. L'année suivante, Jamo reprend I spy (for the FBI) (créé par Luther Ingram quelques mois auparavant) pour le label de Eddie Thomas, Thomas (!) et, avec une bonne promotion, le titre entre dans le Top 40 R&B puis dans le Top 100 de Billboard avant de "cartonner" en Grande Bretagne. Cette superbe séance est produite par le pianiste et arrangeur Monk Higgins, avec très probablement la guitare immanquable de Freddie Robinson, l'acolyte habituel de Monk.
            La carrière de Jamo semble alors lancée. Il signe sur Chess qui enregistre sa séance la plus blues, avec encore Freddie Robinson à la guitare et à l'harmonica. Mais le magnifique Must I holler/ I'll be your fool ne va malheureusement nulle part.

            John Richbourg, à l'époque très actif dans la Soul naissante, frappé par le chant tendu aux accents angoissés qu'exprime si bien Jamo Thomas, le contacte et lui fait enregistrer à Nashville une séance pour son label Sound Stage 7. Accompagné à nouveau par les Party Brothers, Jamo – sans doute sur les conseils de Richbourg – cultive à fond son image de chanteur des Bahamas et grave plusieurs 45t dans cette veine (Bahama Mama/ Nassau Daddy) qui semblent avoir eu un petit succès en Floride et aux Antilles.
            Mais les ventes ne doivent guère être à la hauteur des attentes de Richbourg puisqu'il ne renouvelle pas son contrat avec Jamo qui, en 1968-69, va enregistrer deux séances à Memphis dans une veine nettement plus ancrée dans la Soul Sudiste.
            Mais ces 45t ne vont nulle part et durant la décennie 1970 on n'entend plus parler de Thomas que sporadiquement, travaillant pour différents studios de Memphis comme arrangeur, se tournant de plus en plus semble-t-il vers le Gospel. Son dernier enregistrement connu est juste son "cri d'angoisse" sur Scream du groupe Graham Central Station.
            On ne sait pas ce qu'il est devenu ensuite. Il est probablement décédé aujourd'hui mais il n'a guère été possible d'établir avec certitude une date ni un lieu.
            Merci beaucoup à Gérard Cerdan, Mr Mightygroove, et son excellent site pour son aide dans la rédaction de cet article.
                                                                       Gérard HERZHAFT

            Like Jesse Anderson, Jamo Thomas has been a pioneer of the Chicago Soul blues, recording a handful of first rate singles with his characteristic striking and powerful vocals. He has enjoyed briefly some commercial success, even making an appearance on the Hoss Allen's Nashville R&B TV show. Unfortunately, Jamo has during the 70's disappeared from the music scene and he is today largely an unknown artist outside a small coterie of Deep Soul fans.
            Born on January, 17th, 1928, maybe in Nassau (Bahamas) or – as several sources say - in Chicago (Ill), Jamo appears for the first time on records as a congas/percussion player with the Bobby Peterson Quintet, a R&B band from Philadelphia. During the early 60's, Jamo Thomas is working in Chicago as the valet of R&B singer Jerry Butler. Thanks to Butler, Jamo can makes his first record in 1965 for the small Conlo label (Stop the baby/ Let's party) backed by the Party Brothers. The next year, he makes a cover version of a song recorded by Luther Ingram a few months before, I spy (for the FBI) for the Thomas label (owned by Eddie Thomas). With an anguish vocal by Jamo and arrangements by Monk Higgins (and probably with the unmistakable guitar of Freddie Robinson), the 45 is not only a wonderful record but a hit, climbing on the R&B Top 40, the Billboard Top 100 and later on a big hit also in Great Britain.
            This is with great expectations that Chess then records Jamo the next year, once again on a session carefully produced by Higgins with Freddie Robinson playing guitar and harmonica. Today a classic the single Must I holler/ I'll be your fool, unfortunately doesn't go nowhere when issued in 1967.


            Nevertheless, the vocal abilities of Jamo brings the attention of the very active Nashville producer John Richbourg who gathers again Thomas and the Party Brothers in the studios for a good session in which the image of Jamo as a Caribbean singer is largely put forward. Bahama Mama and Nassau Daddy seem to have enjoyed some success in Florida and the West Indies.
            But once again the sales are not what Richbourg expected and, after two last sessions in Memphis more in the Southern Soul vein, Jamo won't record anymore, with the exception of a single "scream" in Graham Central Station's "Scream"!
            It seems that our man has been working during the 70's for several Memphis studios, maybe turning into Gospel. But he has completely vanished after that. He is now probably dead but where and when remains an open issue.
            Thank you very much to Gérard Cerdan (Mr Mightygroove) and his excellent blog for his help.
                                                                       Gérard HERZHAFT



Jamo Thomas, vcl/congas; The Party Brothers: Timothy O. Hiks, g; Norman Johnson, tpt; Giles Rozie, b-sax; George Bishop, bs; Earnes Sylvester Jones, dms. Chicago, Ill. 1965
01. Stop the baby
02. Let's party
Jamo Thomas, vcl; prob. Freddie Robinson, g; Monk Higgins, pno; band. Chicago, Ill. 1966
03. Snake hip mama
04. I spy for the FBI
05. Arrest me
06. Jamo's soul
Jamo Thomas, vcl; prob. Freddie Robinson, g/hca; Monk Higgins, pno; band. Chicago, Ill. mars 1967
07. Must I holler?
08. Must I holler n°2
09. I'll be your fool
Jamo Thomas, vcl/congas; band. Nashville, Tn. 1967
10. Jive mother in law
11. Bahamas Mama
12. Nassau daddy
Jamo Thomas, vcl; band. Nashville, Tn. 1968
13. Education is where it's at I & II
Jamo Thomas, vcl; band. Memphis, Tn. 1969
14. Shake what you brought with you I & II
15. You ain't just ready I & II


mardi 25 septembre 2018

LOS ANGELES BLUES/ Volume 2



LOS ANGELES BLUES/ Volume 2

           
Le chanteur et pianiste (et non guitariste comme indiqué dans Blues Discography) Memphis Eddie, appelé aussi Memphis Eddie Pee est en fait né Eddie P. Johnson à Hughes (Arkansas) le 16 avril 1919 et décédé à Los Angeles le 16 juin 1963. Il demeure presque inconnu bien qu'il ait substantiellement enregistré pour Globe, Foto et RPM entre 1945 et 1950. J'ai essayé de regrouper tous ses titres mais il m'en manque encore plusieurs (merci d'avance à ceux qui posséderaient une copie de ces raretés en rouge dans la disco).
(cf les commentaires pour entendre quatre titres ici absents. Merci à hwolf et Mike Kradenac!)

            Le chanteur, violoniste, guitariste, pianiste Don "Sugarcane" Harris est évidemment beaucoup plus connu. Né le 18 juin 1938 à Pasadena (Californie), il apprend le violon auprès du bluesman L.C. Robinson. Encore lycéen, Don et son ami Dewey Terry chantent au sein du groupe doo-woop The Squires et enregistrent dès 1954 (Lucy Lou). Don & Dewey développent alors une carrière en vedette, chantant à l'unisson, jouant guitare et piano. Ils enchaînant les petits succès pour le label Specialty (Jungle Hop) durant quelques années entre 1957 et 1959. Don Harris (surnommé
Sugarcane par Johnny Otis) est beaucoup plus tourné vers le blues que Dewey et il grave en vedette une petite série de 45t, superbes instrumentaux blues au violon. Après s'être séparé de Dewey Terry, Sugarcane va jouer dans les orchestres de Harvey Mandel, Frank Zappa, Johnny Otis, Pure Food & Drug Act et surtout John Mayall avec lequel il signe plusieurs superbes solos sur les albums USA Union et Back to the Roots. Il enregistre aussi plusieurs albums sous son nom dans un style plus tourné vers le jazz avant-garde (il fera même un album en duo avec Jean Luc Ponty). Il décède d'une embolie pulmonaire à Los Angeles le 30 novembre 1999.

            Le trompettiste et chanteur Russell Jacquet (Robert Russell Joseph Jacquet), frère aîné du célèbre jazzman Illinois Jacquet, est né le 4 décembre 1917 à Saint Martinsville (Louisiane). Il a étudié la musique à la Texas Southern University avant de suivre son frère en Californie et de jouer dans son orchestre. Il a dirigé son propre orchestre durant quelques années (1945-49) qui présentait aussi la chanteuse Numa Lee Davis, jouant régulièrement au Cotton Club à Hollywood. Il a alors enregistré une petite oeuvre sous son nom entre blues et jazz, très typique de ce qu'on entendait à L.A. durant les années de l'immédiate après-guerre. Russell a par la suite rejoint l'orchestre de son frère puis avec divers autres groupes dont celui d'Arnett Cobb. Il est décédé le 7 mars 1990 à Los Angeles.

                                                                       Gérard Herzhaft

            Pianist (and not guitarist as it is written in Blues Discography) Memphis Eddie, also called Memphis Eddie Pee is in fact Eddie P. Johnson, born in Hughes (Ark) 16 April 1919 and dying in Los Angeles on 16th June 1963. He remains an almost unknown although he has recorded several 78s for Globe, Foto and RPM between 1945 and 1950. I have tried to gather all his sides but I'm still missing several (thanks to everyone who would have a copy of those and would will to share) (cf comments for listening four more titles by Memphis Eddie, thanks to hwolf and Mike Kradenac)

            Singer, violonist, guitarist and piano player Don "Sugarcane" Harris is of course much better known. Born on 18 June 1938 in Pasadena (Ca), he learned violin with bluesman L.C. Robinson. With his high school pal Dewey Terry they joined, still teenagers, a local doo woop group, The Squires with which they recorded as early as 1954 (Lucy Lou). Under the name Don & Dewey they formed a duo, singing together and playing various instruments. They enjoyed several small hits with the Specialty label between 1957 and 1959 (Jungle Hop). Don Harris (nicknamed Sugarcane by Johnny Otis) is much more blues oriented than Dewey. He recorded a handful of 45s under his name, mainly a string of superb violin instrumentals. After leaving Dewey, Sugarcane played in several bands with Harvey Mandel, Frank Zappa, Johnny Otis, Pure Food & Drug Act and moreover inside John Mayall's Bluesbreakers with whom he will tour for a couple of years and record several wonderful violin blues solos on the Mayall's albums USA Union and Back to the Roots. After that, Don will record albums under his name in a style much more progressive jazz oriented (he even will cut an album with Jean Luc Ponty). Don died of blood clot in his lung in Los Angeles, 30 November 1999.

           
Singer and trumpet player Russell Jacquet (Robert Russell Joseph Jacquet) is the elder brother of famous jazzman Illinois Jacquet. Russell was born 4 December 1917 in Saint Martinsville (La), studied music at Texs Southern University before following his brother to Los Angeles and playing in his orchestra. Between 1945 and 1949, he formed his own band which featured female singer Numa Lee Davis, playing regularly at Hollywood's Old Cotton Club and recording several sides, quite typical of the Los Angeles jazz/blues scene of the immediate post war years. After 1950, Russell joined again Illinois' band and also played with several other small bands (namely Arnett Cobb's). Russell died in Los Angeles 7th March 1990.

                                                                       Gérard HERZHAFT


MEMPHIS EDDIE (Eddie P. Johnson Jr), vcl; William Bates, a-sax; Prince Albert, pno; band. Los Angeles, Ca. juin 1945
01. Mistreated all the time
Going back to Smoky Mountain
Memphis Eddie, vcl/g; Prince Albert, pno; William Bates, a-sax; band. juillet 1945
Big leg mama (thanks to hwolf and Mike Kredinac for sharing this one)
My house fell down  (thanks to hwolf and Mike Kredinac for sharing this one)
Memphis Eddie, vcl/pno; g; bs. Los Angeles, Ca. décembre 1947
02. Trouble blues
03. Hep chick
Memphis Eddie, vcl/pno; band. Los Angeles, Ca. 25 mai 1950
04. Velma Lee
05. Lonesome change
Mercy blues  (thanks to hwolf and Mike Kredinac for sharing this one)
I believe  (thanks to hwolf and Mike Kredinac for sharing this one)
Memphis Eddie, vcl/pno; band. Los Angeles, Ca. 26 septembre 1950
06. Good time woman
07. Highway 61
08. Real fine girl
09. Baby Lou
DON "SUGARCANE" HARRIS, vcl/fdl/g; Dewey Terry, pno/vcls; Adolphus Alsbrook, bs; Ray Martinez, dms. Los Angeles, Ca. 1956
10. Fiddlin' the blues
11. Slummin'
12. My heart is aching
13. Miss Sue
Don "Sugarcane" Harris, vcl/fdl; Joe Wilson, tpt; Jackie Kelso, a-sax; Dewey Terry, pno; Mel Brown, g; bs; dms. Los Angeles, Ca. 1960
14. They say you never can miss
15. Elim stole my baby
Don 'Sugarcane' Harris, vcl/fdl; Dewey Terry, g/og/vcls; Pete Smith, bs; Sonny Gillette, dms. Los Angeles, Ca. 1962
16. Soul motion
17. Stretchin' out
18. Heart attack
Don't ever leave me (thanks to Tom Thumb for sharing this one)
RUSSELL JACQUET, vcl/tpt; Calvin Boaz, tpt; Teddy Edwards, a-sax; Maurice Simon, t-sax; Arthur Dennis, b-sax; Bill Davis, pno; Charles Mingus, bs; Chico Hamilton, dms. Los Angeles, janvier 1945
19. Penny's worth of boogie
20. Look what you've done to me
Russell Jacquet, vcl/tpt; Gus Evans, a-sax; Dexter Gordon, t-sax; Arthur Dennis, b-sax; Jimmy Bunn, pno; Leo Blevins, g; Herman Washington, bs; Chico Hamilton, dms. Los Angeles, Ca. 21 septembre 1946
21. Blues a la Russ I, II & III
22. Side saddle blues
Russell Jacquet, vcl/tpt; Gerald Wilson, tpt; Snooky Young, tpt; Ted Donnelly, tb; Preston Love, a-sax; Willie Smith, a-sax; Ilinois Jacquet, t-sax; Lucky Thompson, t-sax; Bill Doggett, pno; Freddie Green, g; Billy Hadnott, bs; Al Wichard, dms. Los Angeles, Ca. décembre 1946
23. Blues
24. Mean and evil world



vendredi 7 septembre 2018

ROBERT PETE WILLIAMS/ Complete Early Recordings 1959-63



ROBERT PETE WILLIAMS/ Complete Early Recordings 1959-63




            Lorsque l'ethnomusicologue Harry Oster pénètre en 1958 dans le pénitencier d'Angola pour enregistrer des chants de prisonniers, il ne s'attend pas à trouver un artiste de la stature de Robert Pete Williams. Qui y purgeait une peine de prison à perpétuité pour meurtre et n'avait jamais imaginé de devenir musicien professionnel.
            C'est un talent majeur que Oster découvre au pénitencier! La musique de Robert Pete Williams (né à Zachary, Louisiane le 14 mars 1914) - même si dès ses débuts on note une certaine influence de certains grands bluesmen texans comme Lil Son Jackson - est largement originale car il a toujours vécu sans électricité et donc sans disque ni radio. Le timbre impassible de sa voix cache une flamme surgissante et il utilise sa guitare presque toujours en accord ouvert de ré mineur, tisse une trame rythmique complexe, à la limite de la dissonance. Au mieux de sa forme, il est extraordinaire: sommets d'émotion, textes improvisés d'un grand lyrisme. Oster enregistre à Angola certaines des plus belles séances de l'histoire du blues des années 1959-63 comme avec les longs poèmes de désespoir Letter from Penitentiary ou surtout Prisoner's talking blues qui émouvra tant Big Joe Williams, pourtant loin d'un cœur tendre, qu'il dictera une réponse envoyée par lettre à Robert Pete!
            Robert Pete Williams est, quelques années plus tard, libéré sur parole grâce aux efforts d'Oster et assigné à résidence chez un fermier de Louisiane. Il enregistre alors plusieurs albums, est enfin autorisé à participer aux grands festivals comme Newport en 1964 puis l'American Folk blues festival en 1966. Le public découvre avec étonnement cet inconnu qui interprète avec une passion débordante un blues intense. Tout en continuant à travailler dans sa ferme, Williams joue alors régulièrement et sur une base professionnelle. Il rencontre ainsi de nombreux autres bluesmen comme Johnny Shines, Big Joe Williams, Sleepy John Estes... Ceux-ci l'influencent et sa musique change alors substantiellement de nature, se discipline, s'ouvre aux grands styles de blues mais perd parfois une partie de sa puissance dramatique.
            Après sa libération, tout en vivant largement de son métier de ferrailleur, Robert Pete n'a pas cessé de tourner dans les grands festivals du monde entier, d'enregistrer des albums aux USA et en Europe. Cette carrière de musicien reconnu et apprécié lui a apporté une visible sérénité d'esprit. Il décède le 31 décembre 1980 à Rosedale, Louisiane.
            Ses meilleurs enregistrements demeurent ses premiers, véritables chefs d'œuvre, remplis d'une atmosphère tragique et oppressante, souvent d'une qualité émotionnelle exceptionnelle. Beaucoup de ces morceaux étaient devenus extrêmement difficiles à trouver. A l'exception d'un nombre de morceaux toujours inédits (hélas encore assez importants!), nous avons réussi à rassembler tous ceux qui, enregistrés entre 1959 et 1963, ont fait à un moment donné l'objet d'une parution ainsi qu'une poignée d'inédits, ce qui permet d'apprécier pour la première fois la superbe musique de ce grand bluesman.
            Nos plus vifs remerciements pour leur aide à la réalisation de ce projet vont à Klaus Killian, Brian Pounders, Alan Braun et Xyros.
                                                                       Gérard HERZHAFT

            When ethnomusicologist Harry Oster entered at the end of 1958 the Angola's Penitentiary researching folk and blues talents among the inmates, he probably didn't expect to meet such a major artist like Robert Pete Williams who was there serving a life sentence for murder!
            Robert Pete Williams (born 14th March 1914 at Zachary, La)'s music was strikingly original and moving beyond anything else Oster had heard before during his collecting jobs. Although his guitar playing and impassionate singing styles reveals some influences from Texas popular bluesmen like Lil'Son Jackson, Robert Pete's music was then essentially his own. He had always lived out in the country as a sharecropper, in a shack without electricity (and no radio or records player) and the few gigs he played were strictly in his vicinities. He almost always plays his guitar with an open chord (of D, most of the time), weaving a complex weft sometimes almost jangly that didn't please every blues and jazz critics at first. And his blues, mostly improvised on the spot (he said he was just catching lyrics in the air while playing) are at best absolutely extraordinary and never less than very good. Between 1959 and 1963, Harry Oster will record some of the most moving blues of that era, like Letter from the penitentiary or Prisoner's talking blues which will move so much a Big Joe Williams (certainly not a soft heart!) that the bluesman will dictate a letter for Robert Pete and send him to the Penitentiary!
            Thanks to Oster's continuous efforts and after many false attempts, Robert Pete Williams is released on parole but still under house arrest to a Louisiana's farmer. There he records again many wonderful field sessions. At last he is freed and he may then travels and appears at main blues festivals like Newport 1964 or Europe on the AFBF 1966 tour, playing before a huge audience of blues, folk and jazz fans stunned by this real deep bluesman largely hitherto unknown!
            While making a living as a scrap metal dealer and a farmer, Robert Pete will by now regularly tour across the USA and abroad, making enough money to buy his own land and also meeting and playing alongside other bluesmen like Johnny Shines, Big Joe Williams, Sleepy John Estes... He absorbs some of their musical styles and thus his music changes substantially, becoming more disciplined, less original and sometimes losing some of its dramatic power. During the late 1960's and 1970's Williams will record many albums and this musical recognition brings him a visible real peace of mind. He dies on 31 December 1980 at Rosedale, La.
            His very best recordings are his first, field recordings made in Angola's pen or while on parole in a nearby farm between 1959 and 1963. They are full of masterpieces filled with a gripping tragic atmosphere. Many of those early recordings had become very hard to find and just hear. With the exception of a (unfortunately large) number of still unissued titles laying on some vaults, we have here gathered all of those recordings which appeared on LPs or even a rare 45 during this period plus a handful of hitherto unissued tracks. It is thus more easy to fully appreciate the superb music of this major bluesman.
            Our heartfelt thanks for their great help to Klaus Killian, Brian Pounders, Alan Braun and Xyros among others.
                                                           Gérard Herzhaft